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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=4125" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Liminaire</strong></div><div style="margin:10px 0">... Ces souvenirs chauffent mon sang<br>Et pénètrent mes moelles...</div><div style="margin:10px 0">Je me souviens du village près de l'Escaut, <br>D'où l'on voyait les grands bateaux <br>Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent <br>Et merveilleux de voiles, <br>Le soir, en cortège, sous les étoiles.</div><div style="margin:10px 0">Je me souviens de la bonne saison ; <br>Des parlottes, l'été, au seuil de la maison <br>Et du jardin plein de lumière, <br>Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière ;<br>Je me souviens des plus hauts peupliers, <br>De la volière et de la vigne en espalier <br>Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires.</div><div style="margin:10px 0">Je me souviens de l'usine voisine<br>- Tonnerres et météores<br>Roulant et ruisselant <br>De haut en bas, entre ses murs sonores, <br>Je me souviens des mille bruits brandis, <br>Des émeutes de vapeur blanche <br>Qu'on déchaînait, le samedi, <br>Pour le chômage du dimanche.</div><div style="margin:10px 0">Je me souviens des pas sur le trottoir, <br>En automne, le soir, <br>Quand, les volets fermés, on écoutait la rue <br>Mourir : <br>La lampe à flamme crue <br>Brûlait et l'on disait le chapelet <br>Et des prières à n'en plus finir !</div><div style="margin:10px 0">Je me souviens du vieux cheval,<br>De la vieille guimbarde aux couleurs fades,<br>De ma petite amie et du rival<br>Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades.<br>Je me souviens du passeur d'eau et du maçon,<br>De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière,<br>Et dont j'entends encore le son ;<br>Je me souviens du cimetière....</div><div style="margin:10px 0">Mes simples vieux parents, ma bonne tante !<br>- Oh ! les herbes de leur tombeau<br>Que je voudrais mordre et manger ! -<br>C'était si doux la vie en abrégé !<br>C'était si jeune et beau<br>La vie, avec sa joie et son attente !</div><div style="margin:10px 0">J'appris alors quel pays fier était la Flandre ! <br>Et quels hommes, jadis, avaient fixé son sort, <br>En ces jours de bûchers et de flamme, où la cendre <br>Que dispersait le vent était celle des morts.</div><div style="margin:10px 0">Je sus le nom des vieux martyrs farouches <br>Et maintes fois, ivre, fervent, pleurant et fou, <br>En cachette, le soir, j'ai embrassé leur bouche <br>Orde et rouge, sur l'image à deux sous.</div><div style="margin:10px 0">J'aurais voulu souffrir l'excès de leur torture, <br>Crier ma rage aussi et sangloter vers eux, <br>Les clairs, les exaltés, les dompteurs d'aventure, <br>Les arracheurs de foudre aux mains de Philippe Deux.</div><div style="margin:10px 0">Ou bien encor, c'étaient les communes splendides, <br>Les révoltes, roulant sur le pavé de Gand, <br>Chocs après chocs, leurs ouragans ; <br>C'étaient les tisserands et les foulons sordides, <br>Mordant les rois comme des chiens ardents, <br>Et leur laissant aux mains la trace de leurs dents.</div><div style="margin:10px 0">C'étaient de grands remous de vie armée <br>Qui s'apaisaient dans le soleil, <br>Quaud les beffrois sonnaient la joie et le réveil <br>Sur les foules désopprimées. <br>C'était tout le passé : sang et or, fièvre et feu ! <br>C'était le galop blanc des hautaines victoires <br>Criant, dans le tumulte et dans l'effroi, leurs voeux, <br>De l'un à l'autre bout du monde et de l'histoire.</div><div style="margin:10px 0">II</div><div style="margin:10px 0">Depuis, l'ombre s'est faite sur la Flandre ! <br>Mais mon rêve survit et ne veut point descendre<br>Des tours, où tant d'orgueil, jadis, le fit monter. <br>Je regarde de là nos pensives cités ;<br>J'écoute se taire leur silence ;<br>Je vois s'ouvrir, comme un faisceau de lances, <br>L'abside en or des églises, le soir : <br>Un bruit de cloches, un envol d'encensoir <br>Là-bas des anges..... <br>Et la ville s'endort en des louanges.</div><div style="margin:10px 0">Je vois aussi, du haut de ces énormes tours, <br>Les champs, les clos, les bourgs, <br>Les villages et les prairies, <br>Autour des larges métairies. <br>Les vieux pommiers vaillants, <br>Au temps d'Avril et des sèves nouvelles, <br>Semblent une troupe d'oiseaux blancs <br>Laissant traîner leurs ailes <br>En des vergers pleins de soleil. <br>Le vent est clair, l'air est vermeil, <br>L'amour des gars et des femmes superbes <br>Pousse, comme les fleurs, et se lève de l'herbe, <br>Robuste et fécondé. <br>On écoute rire et baguenauder, <br>Près des mares et des landes, <br>Les naïves légendes ; <br>Les vieilles coutumes mêlent encor <br>Leur beau fil d'or <br>Au solide tissu des moeurs et des paroles ; <br>On croit toujours aux sorcières et aux idoles ; <br>On est crédule et défiant, tout à la fois ; <br>On est rugueux, profond et lourd, comme les bois <br>Et sombre et violent, comme la mer brumeuse.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! l'Océan, là-bas, et sa fête écumeuse<br>A l'infini, sur les plages, l'hiver !<br>En ai-je aimé le vent et le désert !<br>En ai-je aimé la vie, en des barques tragiques,<br>Qui s'en allaient fouiller les eaux mythologiques<br>Où les grands dieux du Nord apparaissent encor !<br>En ai-je aimé les ports, les caps, les baies,<br>Le môle en bois blanchi que l'ouragan balaie,<br>Les vieux pêcheurs usés, têtus, tranquilles,<br>Les pilotes tannés et forts,<br>Les mousses clairs, les belles filles !</div><div style="margin:10px 0">Oh ! l'ai-je aimé éperdument<br>Ce peuple - aimé jusqu'en ses injustices,<br>Jusqu'en ses crimes, jusqu'en ses vices !<br>L'ai-je rêvé fier et rugueux, comme un serment,<br>Ne sentant rien, sinon que j'étais de sa race,<br>Que sa tristesse était la mienne et que sa face<br>Me regardait penser, me regardait vouloir,<br>Sous la lampe, le soir,<br>Quand je lisais sa gloire en mes livres de classe !</div><div style="margin:10px 0">Aussi, lui ai-je, avec ferveur, voué ces vers <br>Qui le chantent, dans la grandeur ou l'infortune, <br>Comme la Flandre abaisse ou lève au long des mers, <br>Avec ses sables d'or sa guirlande de dunes.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=4125" data-title="Liminaire de Emile Verhaeren" data-description="... Ces souvenirs chauffent mon sang/Et pénètrent mes moelles.../Je me souviens du village près de l'Escaut, /D'où l'on voyait les grands bateaux /Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent /Et merveilleux de voiles, /Le soir, en cortège, s..."></div> </div> </div>
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