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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=4120" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les Heures Claires</strong></div><div style="margin:10px 0">O la splendeur de notre joie,<br>Tissée en or dans l'air de soie!</div><div style="margin:10px 0">Voici la maison douce et son pignon léger,<br>Et le jardin et le verger.</div><div style="margin:10px 0">Voici le banc, sous les pommiers<br>D'où s'effeuille le printemps blanc,<br>A pétales frôlants et lents.<br>Voici des vols de lumineux ramiers<br>Plânant, ainsi que des présages,<br>Dans le ciel clair du paysage.</div><div style="margin:10px 0">Voici--pareils à des baisers tombés sur terre<br>De la bouche du frêle azur--<br>Deux bleus étangs simples et purs,<br>Bordés naïvement de fleurs involontaires.</div><div style="margin:10px 0">O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,<br>En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes!</div><div style="margin:10px 0">Là-bas, de lentes formes passent,<br>Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,<br>Au long des bois et des terrasses?</div><div style="margin:10px 0">Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux<br>Ces deux fleurs d'or harmonieux?<br>Et ces herbes--on dirait des plumages<br>Mouillés dans la source qu'ils plissent--<br>Sont-ce tes cheveux frais et lisses?</div><div style="margin:10px 0">Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,<br>Ni la maison au toit léger,<br>Ni ce jardin, où le ciel trame<br>Ce climat cher à nos deux âmes.</div><div style="margin:10px 0">Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux,<br>Ce jardin clair où nous passons silencieux,<br>C'est plus encore en nous que se féconde<br>Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde.</div><div style="margin:10px 0">Car nous vivons toutes les fleurs,<br>Toutes les herbes, toutes les palmes<br>En nos rires et en nos pleurs<br>De bonheur pur et calme.</div><div style="margin:10px 0">Car nous vivons toutes les transparences<br>De l'étang bleu qui reflète l'exubérance<br>Des roses d'or et des grands lys vermeils:<br>Bouches et lèvres de soleil.</div><div style="margin:10px 0">Car nous vivons toute la joie<br>Dardée en cris de fête et de printemps,<br>En nos aveux, où se côtoient<br>Les mots fervents et exaltants.</div><div style="margin:10px 0">Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde<br>Le plus joyeux et clair jardin du monde.</div><div style="margin:10px 0">Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,<br>Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents,<br>En un tumulte fou de sang, de cris ardents,<br>De blessures et de gueules qui s'entre-mordent,<br>C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne,<br>O toi la neuve, ô toi l'ancienne!<br>Qui vins à moi des loins d'éternité,<br>Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté.</div><div style="margin:10px 0">Je sens en toi les mêmes choses très profondes<br>Qu'en moi-même dormir<br>Et notre soif de souvenir<br>Boire l'écho, où nos passés se correspondent.</div><div style="margin:10px 0">Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,<br>Sans le savoir, pendant l'enfance:<br>Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,<br>Mêmes éclairs de confiance:<br>Car je te suis lié par l'inconnu<br>Qui me fixait, jadis au fond des avenues<br>Par où passait ma vie aventurière,<br>Et, certes, si j'avais regardé mieux,<br>J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux<br>Depuis longtemps en ses paupières.</div><div style="margin:10px 0">Le ciel en nuit s'est déplié<br>Et la lune semble veiller<br>Sur le silence endormi.</div><div style="margin:10px 0">Tout est si pur et clair,<br>Tout est si pur et si pâle dans l'air<br>Et sur les lacs du paysage ami,<br>Qu'elle angoisse, la goutte d'eau<br>Qui tombe d'un roseau<br>Et tinte et puis se tait dans l'eau.</div><div style="margin:10px 0">Mais j'ai tes mains entre les miennes<br>Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,<br>De leurs ferveurs, si doucement;<br>Et je te sens si bien en paix de toute chose,<br>Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,<br>Ne troublera, fût-ce un moment,<br>La confiance sainte<br>Qui dort en nous comme un enfant repose.</div><div style="margin:10px 0">Chaque heure, où je pense à ta bonté<br>Si simplement profonde,<br>Je me confonds en prières vers toi.</div><div style="margin:10px 0">Je suis venu si tard<br>Vers la douceur de ton regard<br>Et de si loin, vers tes deux mains tendues,<br>Tranquillement, par à travers les étendues!</div><div style="margin:10px 0">J'avais en moi tant de rouille tenace<br>Qui me rongeait, à dents rapaces,<br>La confiance;</div><div style="margin:10px 0">J'étais si lourd, j'étais si las,<br>J'étais si vieux de méfiance,<br>J'étais si lourd, j'étais si las<br>Du vain chemin de tous mes pas.</div><div style="margin:10px 0">Je méritais si peu la merveilleuse joie<br>De voir tes pieds illuminer ma voie,<br>Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs,<br>Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.</div><div style="margin:10px 0">Tu arbores parfois cette grâce bénigne<br>Du matinal jardin tranquille et sinueux<br>Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,<br>Ses doux chemins courbés en cols de cygne.</div><div style="margin:10px 0">Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair<br>Du vent rapide et miroitant<br>Qui passe, avec ses doigts d'éclair,<br>Dans les crins d'eau de l'étang blanc.</div><div style="margin:10px 0">Au bon toucher de tes deux mains,<br>Je sens comme des feuilles<br>Me doucement frôler;<br>Que midi brûle le jardin.<br>Les ombres, aussitôt recueillent<br>Les paroles chères dont ton être a tremblé.</div><div style="margin:10px 0">Chaque moment me semble, grâce à toi,<br>Passer ainsi divinement en moi.<br>Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême,<br>Où tu te cèles en toi-même,<br>En refermant les yeux,<br>Sens-tu mon doux regard dévotieux,<br>Plus humble et long qu'une prière,<br>Remercier le tien sous tes closes paupières?</div><div style="margin:10px 0">Oh! laisse frapper à la porte<br>La main qui passe avec ses doigts futiles;<br>Notre heure est si unique, et le reste qu'importe,<br>Le reste, avec ses doigts futiles.</div><div style="margin:10px 0">Laisse passer, par le chemin,<br>La triste et fatigante joie,<br>Avec ses crécelles en mains.</div><div style="margin:10px 0">Laisse monter, laisse bruire<br>Et s'en aller le rire;<br>Laisse passer la foule et ses milliers de voix.</div><div style="margin:10px 0">L'instant est si beau de lumière,<br>Dans le jardin, autour de nous,<br>L'instant est si rare de lumière trémière,<br>Dans notre coeur, au fond de nous.</div><div style="margin:10px 0">Tout nous prêche de n'attendre plus rien<br>De ce qui vient ou passe,<br>Avec des chansons lasses<br>Et des bras las par les chemins.</div><div style="margin:10px 0">Et de rester les doux qui bénissons le jour.<br>Même devant la nuit d'ombre barricadée,<br>Aimant en nous, par dessus tout, l'idée<br>Que bellement nous nous faisons de notre amour.</div><div style="margin:10px 0">Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur,<br>Ainsi qu'une ample fleur<br>Qui s'ouvre, au clair de la rosée;<br>Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée.</div><div style="margin:10px 0">La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme;<br>Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux<br>Serait banale, et tous les mots sont hasardeux.<br>C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.</div><div style="margin:10px 0">La fleur qui est mon coeur et mon aveu,<br>Tout simplement, à tes lèvres confie<br>Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie<br>Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.</div><div style="margin:10px 0">Laissons l'esprit fleurir sur les collines,<br>En de capricieux chemins de vanité;<br>Et faisons simple accueil à la sincérité<br>Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines;<br>Et rien n'est beau comme une confession d'âmes,<br>L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme<br>Des incomptables diamants<br>Brûle, comme autant d'yeux<br>Silencieux,<br>Le silence des firmaments.</div><div style="margin:10px 0">Le printemps jeune et bénévole<br>Qui vêt le jardin de beauté<br>Elucide nos voix et nos paroles<br>Et les trempe dans sa limpidité.</div><div style="margin:10px 0">La brise et les lèvres des feuilles<br>Babillent--et effeuillent<br>En nous les syllabes de leur clarté.</div><div style="margin:10px 0">Mais le meilleur de nous se gare<br>Et fuit les mots matériels;<br>Un simple et doux élan muet<br>Mieux que tout verbe amarre<br>Notre bonheur à son vrai ciel:<br>Celui de ton âme, à deux genoux,<br>Tout simplement, devant la mienne,<br>Et de mon âme, à deux genoux,<br>Très doucement, devant la tienne.</div><div style="margin:10px 0">Viens lentement t'asseoir<br>Près du parterre, dont le soir<br>Ferme les fleurs de tranquille lumière,<br>Laisse filtrer la grande nuit en toi:<br>Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi<br>Trouble notre prière.</div><div style="margin:10px 0">Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire.<br>Voici le firmament plus net et translucide<br>Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside;<br>Et puis voici le ciel qui regarde à travers.</div><div style="margin:10px 0">Les mille voix de l'énorme mystère<br>Parlent autour de toi.<br>Les mille lois de la nature entière<br>Bougent autour de toi,<br>Les arcs d'argent de l'invisible<br>Prennent ton âme et son élan pour cible,<br>Mais tu n'as peur, oh! simple coeur,<br>Mais tu n'as peur, puisque ta foi<br>Est que toute la terre collabore<br>A cet amour que fit éclore<br>La vie et son mystère en toi.</div><div style="margin:10px 0">Joins donc les mains tranquillement<br>Et doucement adore;<br>Un grand conseil de pureté<br>Et de divine intimité<br>Flotte, comme une étrange aurore,<br>Sous les minuits du firmament.</div><div style="margin:10px 0">Combien elle est facilement ravie,<br>Avec ses yeux d'extase ignée,<br>Elle, la douce et résignée<br>Si simplement devant la vie.</div><div style="margin:10px 0">Ce soir, comme un regard la surprenait fervente,<br>Et comme un mot la transportait<br>Au pur jardin de joie, où elle était<br>Tout à la fois reine et servante.</div><div style="margin:10px 0">Humble d'elle, mais ardente de nous,<br>C'était à qui ploierait les deux genoux,<br>Pour recueillir le merveilleux bonheur<br>Qui, mutuel, nous débordait du coeur.</div><div style="margin:10px 0">Nous écoutions se taire, en nous, la violence<br>De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras<br>Et le vivant silence<br>Dire des mots que nous ne savions pas.</div><div style="margin:10px 0">Au temps où longuement j'avais souffert<br>Où les heures m'étaient des pièges,<br>Tu m'apparus l'accueillante lumière<br>Qui luit, aux fenêtres, l'hiver,<br>Au fonds des soirs, sur de la neige.</div><div style="margin:10px 0">Ta clarté d'âme hospitalière<br>Frôla, sans le blesser, mon coeur,<br>Comme une main de tranquille chaleur;<br>Un espoir tiède, un mot clément,<br>Pénétrèrent en moi très lentement;</div><div style="margin:10px 0">Puis vint la bonne confiance<br>Et la franchise et la tendresse et l'alliance,<br>Enfin, de nos deux mains amies,<br>Un soir de claire entente et de douce accalmie.</div><div style="margin:10px 0">Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,<br>En nous-mêmes et sous le ciel,<br>Dont les flammes éternisées<br>Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,<br>Et que l'amour soit devenu la fleur immense,<br>Naissant du fier désir,<br>Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir,<br>En notre coeur, se recommence,<br>Je regarde toujours la petite lumière<br>Qui me fut douce, la première.</div><div style="margin:10px 0">Je ne détaille pas, ni quels nous sommes<br>L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons:<br>Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons<br>Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.</div><div style="margin:10px 0">Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir,<br>Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère<br>Et qu'élans doux et que ferveur involontaire<br>Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir.</div><div style="margin:10px 0">Je te sens claire avant de te comprendre telle;<br>Et c'est ma joie, infiniment,<br>De m'éprouver si doucement aimant,<br>Sans demander pourquoi ta voix m'appelle.</div><div style="margin:10px 0">Soyons simples et bons--et que le jour<br>Nous soit tendresse et lumière servies,<br>Et laissons dire que la vie<br>N'est point faite pour un pareil amour.</div><div style="margin:10px 0">A ces reines qui lentement descendent<br>Les escaliers en ors et fleurs de la légende,<br>Dans mon rêve, parfois, je t'apparie;<br>Je te donne des noms qui se marient<br>A la clarté, à la splendeur et à la joie,<br>Et bruissent en syllabes de soie,<br>Au long des vers bâtis comme une estrade<br>Pour la danse des mots et leurs belles parades.</div><div style="margin:10px 0">Mais combien vite on se lasse du jeu,<br>A te voir douce et profonde et si peu<br>Celle dont on enjolive les attitudes;<br>Ton front si clair et pur et blanc de certitude,<br>Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux,<br>Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls<br>Qui bat comme ton coeur immense et ingénu,<br>Oh! comme tout, hormis cela et ta prière,<br>Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière<br>Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus.</div><div style="margin:10px 0">Je dédie à tes pleurs, à ton sourire,<br>Mes plus douces pensées,<br>Celles que je te dis, celles aussi<br>Qui demeurent imprécisées<br>Et trop profondes pour les dire.</div><div style="margin:10px 0">Je dédie à tes pleurs, à ton sourire<br>A toute ton âme, mon âme,<br>Avec ses pleurs et ses sourires<br>Et son baiser.</div><div style="margin:10px 0">Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée,<br>Des liens d'ombre semblent glisser<br>Et s'en aller, avec mélancolie;<br>L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit,<br>L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient,<br>Et les bois d'or se désenlacent de la nuit.</div><div style="margin:10px 0">Oh! dis, pouvoir un jour,<br>Entrer ainsi dans la pleine lumière;<br>Oh! dis, pouvoir un jour<br>Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières,<br>Sans plus aucun voile sur nous,<br>Sans plus aucun mystère en nous,<br>Oh dis, pouvoir, un jour,<br>Entrer à deux dans le lucide amour!</div><div style="margin:10px 0">Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière<br>Et l'élan fou de cette âme éperdue,<br>Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,<br>Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.</div><div style="margin:10px 0">S'unir pour épurer son être,<br>Comme deux vitraux d'or en une même abside<br>Croisent leurs feux différemment lucides<br>Et se pénètrent!</div><div style="margin:10px 0">Je suis parfois si lourd, si las,<br>D'être celui qui ne sait pas<br>Etre parfait, comme il se veut!<br>Mon coeur se bat contre ses voeux,<br>Mon coeur dont les plantes mauvaises,<br>Entre des rocs d'entêtement,<br>Dressent, sournoisement,<br>Leurs fleurs d'encre ou de braise;<br>Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours,<br>Mon coeur contradictoire,<br>Mon coeur exagéré toujours<br>De joie immense ou de crainte attentatoire.</div><div style="margin:10px 0">Pour nous aimer des yeux,<br>Lavons nos deux regards, de ceux<br>Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie<br>Mauvaise et asservie.</div><div style="margin:10px 0">L'aube est en fleur et en rosée<br>Et en lumière tamisée<br>Très douce:<br>On croirait voir de molles plumes<br>D'argent et de soleil, à travers brumes,<br>Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.</div><div style="margin:10px 0">Nos bleus et merveilleux étangs<br>Tremblent et s'animent d'or miroitant,<br>Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent;<br>Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,<br>Balaie<br>La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.</div><div style="margin:10px 0">Au clos de notre amour, l'été se continue:<br>Un paon d'or, là-bas traverse une avenue;<br>Des pétales pavoisent,<br>--Perles, émeraudes, turquoises--<br>L'uniforme sommeil des gazons verts;<br>Nos étangs bleus luisent, couverts<br>Du baiser blanc des nénuphars de neige;<br>Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges;</div><div style="margin:10px 0">Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur;<br>De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs;<br>Et, comme des bulles légères, mille abeilles<br>Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.</div><div style="margin:10px 0">L'air est si beau qu'il paraît chatoyant;<br>Sous les midis profonds et radiants,<br>On dirait qu'il remue en roses de lumière;<br>Tandis qu'au loin, les routes coutumières,<br>Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,<br>A l'horizon nacré, montent vers le soleil.</div><div style="margin:10px 0">Certes, la robe en diamants du bel été<br>Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté;<br>Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes<br>Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes.</div><div style="margin:10px 0">Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,<br>Me soient, sur terre,<br>Les images de la bonté.</div><div style="margin:10px 0">Laissons nos âmes embrasées<br>Exalter d'or chaque flamme de nos pensées.</div><div style="margin:10px 0">Que mes deux mains contre ton coeur<br>Te soient, sur terre,<br>Les emblèmes de la douceur.</div><div style="margin:10px 0">Vivons pareils à deux prières éperdues<br>L'une vers l'autre, à toute heure, tendues.</div><div style="margin:10px 0">Que nos baisers sur nos bouches ravies<br>Nous soient sur terre,<br>Les symboles de notre vie.</div><div style="margin:10px 0">Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,<br>Dis, combien l'absence, même d'un jour,<br>Attriste et attise l'amour<br>Et le réveille, en ses brûlures endormies.</div><div style="margin:10px 0">Je m'en vais au devant de ceux<br>Qui reviennent des lointains merveilleux,<br>Où, dès l'aube, tu es allée;<br>Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,</div><div style="margin:10px 0">Et, sur la route, épiant leur venue,<br>Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux<br>Encore clairs de t'avoir vue.</div><div style="margin:10px 0">Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée,<br>Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas,<br>Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas<br>Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.</div><div style="margin:10px 0">En ces heures où nous sommes perdus<br>Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes.<br>Quel sang lustral ou quel baptême<br>Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus?</div><div style="margin:10px 0">Joignant les mains, sans que l'on prie,<br>Tendant les bras, sans que l'on crie,<br>Mais adorant on ne sait quoi<br>De plus lointain et de plus pur que soi,<br>L'esprit fervent et ingénu,<br>Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu.</div><div style="margin:10px 0">Comme on s'abîme en la présence<br>De ces heures de suprême existence,<br>Comme l'âme voudrait des cieux<br>Pour y chercher de nouveaux dieux,<br>Oh! l'angoissante et merveilleuse joie<br>Et l'espérance audacieuse<br>D'être, un jour, à travers la mort même, la proie<br>De ces affres silencieuses.</div><div style="margin:10px 0">Oh! ce bonheur<br>Si rare et si frêle parfois<br>Qu'il nous fait peur!</div><div style="margin:10px 0">Nous avons beau taire nos voix,<br>Et nous faire comme une tente,<br>Avec toute ta chevelure,<br>Pour nous créer un abri sûr,<br>Souvent l'angoisse en nos âmes fermente.</div><div style="margin:10px 0">Mais notre amour étant comme un ange à genoux,<br>Prie et supplie,<br>Que l'avenir donne à d'autres que nous<br>Même tendresse et même vie,<br>Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux.</div><div style="margin:10px 0">Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs<br>Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,<br>Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme<br>De la douceur de notre âme.</div><div style="margin:10px 0">Vivons, dans notre amour et notre ardeur,<br>Vivons si hardiment nos plus belles pensées<br>Qu'elles s'entrelacent, harmonisées<br>A l'extase suprême et l'entière ferveur.</div><div style="margin:10px 0">Parce qu'en nos âmes pareilles,<br>Quelque chose de plus sacré que nous<br>Et de plus pur et de plus grand s'éveille,<br>Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.</div><div style="margin:10px 0">Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes<br>Pour humblement le définir,<br>Et que si rare et si puissant en soit le charme,<br>Qu'à le goûter, nos coeurs soient prêts à défaillir.</div><div style="margin:10px 0">Restons quand même et pour toujours, les fous<br>De cet amour presqu'implacable,<br>Et les fervents, à deux genoux,<br>Du Dieu soudain qui règne en nous,<br>Si violent et si ardemment doux<br>Qu'il nous fait mal et nous accable.</div><div style="margin:10px 0">Sitôt que nos bouches se touchent,<br>Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes<br>Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment<br>Et qui s'unissent en nous-mêmes;</div><div style="margin:10px 0">Nous nous sentons le coeur si divinement frais<br>Et si renouvelé par leur lumière<br>Première<br>Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.</div><div style="margin:10px 0">La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde<br>Qui se prodigue et se féconde,<br>Innombrable, sur nos routes d'en bas;<br>Comme là haut, par tas,<br>En des pays de soie où voyagent des voiles<br>Brille la fleur myriadaire des étoiles.</div><div style="margin:10px 0">L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,<br>Tout nous éclaire et nous paraît: flambeau;<br>Nos plus simples mots ont un sens si beau<br>Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.</div><div style="margin:10px 0">Nous sommes les victorieux sublimes<br>Qui conquérons l'éternité,<br>Sans nul orgueil et sans songer au temps minime:<br>Et notre amour nous semble avoir toujours été.</div><div style="margin:10px 0">Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,<br>Si profonde qu'elle en est sainte<br>Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair,<br>Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.</div><div style="margin:10px 0">Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,<br>Et tes deux mains me sont tendues;<br>Et rien ne vaut la naïve provende<br>Des paroles dites et entendues.</div><div style="margin:10px 0">L'ombre des rameaux blancs voyage<br>Parmi ta gorge et ton visage<br>Et tes cheveux dénouent leur floraison,<br>En guirlandes, sur les gazons.</div><div style="margin:10px 0">La nuit est toute d'argent bleu,<br>La nuit est un beau lit silencieux,<br>La nuit douce, dont les brises vont, une à une,<br>Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.</div><div style="margin:10px 0">Bien que déjà, ce soir,<br>L'automne<br>Laisse aux sentes et aux orées,<br>Comme des mains dorées,<br>Lentes, les feuilles choir;<br>Bien que déjà l'automne,<br>Ce soir, avec ses bras de vent,<br>Moissonne<br>Sur les rosiers fervents,<br>Les pétales et leur pâleur,<br>Ne laissons rien de nos deux âmes<br>Tomber soudain avec ces fleurs.</div><div style="margin:10px 0">Mais tous les deux autour des flammes<br>De l'âtre en or du souvenir,<br>Mais tous les deux blottissons-nous,<br>Les mains au feu et les genoux.</div><div style="margin:10px 0">Contre les deuils à craindre ou à venir,<br>Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,<br>Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,<br>Blottissons-nous, près du foyer,<br>Que la mémoire en nous fait flamboyer.</div><div style="margin:10px 0">Et si l'automne obère<br>A grands pans d'ombre et d'orages plânants,<br>Les bois, les pelouses et les étangs,<br>Que sa douleur du moins n'altère<br>L'intérieur jardin tranquillisé,<br>Où s'unissent, dans la lumière,<br>Les pas égaux de nos pensées.</div><div style="margin:10px 0">Le don du corps, lorsque l'âme est donnée<br>N'est rien que l'aboutissement<br>De deux tendresses entraînées<br>L'une vers l'autre, éperdûment.</div><div style="margin:10px 0">Tu n'es heureuse de ta chair<br>Si simple, en sa beauté natale,<br>Que pour, avec ferveur, m'en faire<br>L'offre complète et l'aumône totale.</div><div style="margin:10px 0">Et je me donne à toi, ne sachant rien<br>Sinon que je m'exalte à te connaître,<br>Toujours meilleure et plus pure peut-être<br>Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.</div><div style="margin:10px 0">L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance<br>Unique, et l'unique raison du coeur,<br>A nous, dont le plus fol bonheur<br>Est d'être fous de confiance.</div><div style="margin:10px 0">Fût-il en nous une seule tendresse,<br>Une pensée, une joie, une promesse,<br>Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas?</div><div style="margin:10px 0">Fût-il une prière en secret entendue,<br>Dont nous n'ayons serré les mains tendues<br>Avec douceur, sur notre sein?</div><div style="margin:10px 0">Fût-il un seul appel, un seul dessein,<br>Un voeu tranquille ou violent<br>Dont nous n'ayons épanoui l'élan?</div><div style="margin:10px 0">Et, nous aimant ainsi,<br>Nos coeurs s'en sont allés, tels des apôtres,<br>Vers les doux coeurs timides et transis<br>Des autres:<br>Ils les ont conviés, par la pensée,<br>A se sentir aux nôtres fiancés,<br>A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,<br>Comme un peuple de fleurs aime la même branche<br>Qui le suspend et le baigne dans le soleil;<br>Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,<br>S'est mise à célébrer tout ce qui aime,<br>Magnifiant l'amour pour l'amour même,<br>Et à chérir, divinement, d'un désir fou,<br>Le monde entier qui se résume en nous.</div><div style="margin:10px 0">Le beau jardin fleuri de flammes<br>Qui nous semblait le double ou le miroir,<br>Du jardin clair que nous portions dans l'âme,<br>Se cristallise en gel et or, ce soir.</div><div style="margin:10px 0">Un grand silence blanc est descendu s'asseoir<br>Là-bas, aux horizons de marbre,<br>Vers où s'en vont, par défilés, les arbres<br>Avec leur ombre immense et bleue<br>Et régulière, à côté d'eux.</div><div style="margin:10px 0">Aucun souffle de vent, aucune haleine.<br>Les grands voiles du froid,<br>Se déplient seuls, de plaine en plaine,<br>Sur des marais d'argent ou des routes en croix.</div><div style="margin:10px 0">Les étoiles paraissent vivre.<br>Comme l'acier, brille le givre,<br>A travers l'air translucide et glacé.<br>De clairs métaux pulvérisés<br>A l'infini, semblent neiger<br>De la pâleur d'une lune de cuivre.<br>Tout est scintillement dans l'immobilité.</div><div style="margin:10px 0">Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté<br>Par ces mille regards que projette sur terre,<br>Vers les hasards de l'humaine misère,<br>La bonne et pure et inchangeable éternité.</div><div style="margin:10px 0">S'il arrive jamais<br>Que nous soyons, sans le savoir,<br>Souffrance ou peine ou désespoir,<br>L'un pour l'autre; s'il se faisait<br>Que la fatigue ou le banal plaisir<br>Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir;<br>Si le cristal de la pure pensée<br>De notre amour doit se briser,</div><div style="margin:10px 0">Si malgré tout, je me sentais<br>Vaincu pour n'avoir pas été<br>Assez en proie à la divine immensité<br>De la bonté;<br>Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes<br>Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes<br>Quand même.--Et d'un unique essor<br>L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=4120" data-title="Les Heures Claires de Emile Verhaeren" data-description="O la splendeur de notre joie,/Tissée en or dans l'air de soie!/Voici la maison douce et son pignon léger,/Et le jardin et le verger./Voici le banc, sous les pommiers/D'où s'effeuille le printemps blanc,/A pétales frôlants et lents./Voici des ..."></div> </div> </div>
cadre en ligne (trait simple)
cadre en ligne interrompue (ligne coupée)
cadre en points de suspension (cadre en pointillés)
cadre en ligne double
cadre en ligne cannelée
cadre avec ligne en relief
cadre baissé
cadre élevé
sans cadre
bleu
vert
rouge
pourpré
azuré
doré
argenté
noir