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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3721" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les Treize Rêves</strong></div><div style="margin:10px 0">L’un des treize viveurs que la tristesse ronge<br>Ayant dit : « Voyons donc, qui de nous, l’autre nuit,<br>A fait le plus horrible songe ? »<br>Chacun parle à son tour et conte ce qui suit :</div><div style="margin:10px 0">LE PREMIER<br>Je rêvais que j’étais pieds liés, bras au dos,<br>Dans la camisole de force :<br>Une dame très pâle et coiffée en bandeaux,<br>Les yeux fixes, la bouche torse,<br>Me souriait avec langueur<br>Et m’entrait lentement un stylet dans le cœur.<br>Je la regardais sans un cri, sans même<br>Un mouvement ; mais autant qu’elle blême !<br>Et si je restais là, figé de telle sorte,<br> C’est que je l’avais vu : « La dame était morte ! »</div><div style="margin:10px 0">LE SECOND<br>Par des tunnels bas, des corridors froids,<br>Par de longs souterrains étroits,<br>J’arrivais dans un carrefour.<br>J’entendais qu’on chauffait le four<br>Quelque part, ici, là, mais je n’y voyais goutte.<br>Soudain, je reculais, et ma vue effarée<br>Brûlait au rouge ardent d’une gueule cintrée…<br>Puis, la voix de quelqu’un invisible ordonnait<br>Qu’on me prît… et l’on m’enfournait<br>Dans le brasier claquant qui pourléchait sa voûte.</div><div style="margin:10px 0">LE TROISIÈME<br>On me guillotinait : l’exécuteur narquois<br>S’y reprenait à plusieurs fois.<br>Ce n’était qu’au septième coup<br>Que ma tête quittait mon cou.<br>Dans le baquet de son qui lui semblait un gouffre<br>Elle roulait, elle roulait…<br>Tandis que son tronc qui la revoulait<br>Geignait en saignant : « Je souffre, je souffre. »</div><div style="margin:10px 0">LE QUATRIÈME<br>J’entrais dans un palais dont les portes ouvertes<br>Se refermaient sur moi. Par des salles désertes<br>J’errais — la puanteur me faisait trébucher ;<br>L’horreur et le dégoût retenaient mon haleine…<br>Je le crois bien… Les murs, le plafond, le plancher<br>N’étaient qu’un grouillement de pourriture humaine !</div><div style="margin:10px 0">LE CINQUIÈME<br>Fléchissant sous l’énorme poids<br>De je ne sais quelle bête,<br>J’allais seul, la nuit, par une tempête.<br>Les objets dans un noir de poix<br>Avaient fini par se dissoudre.<br>Tout l’espace n’était qu’une rumeur de foudre ;<br>Et nul éclair ! rien ! les ténèbres seulement<br>Précédaient et suivaient l’infini grondement.<br>Pas de pluie ! aucunes rafales !<br>Mais un grand cri, par intervalles,<br>Un grand gémissement, fou, d’un plaintif aigu,<br>Tel que je n’en ai jamais entendu !…<br>Comme un chant d’horreur extraordinaire<br>Accompagné par le tonnerre…</div><div style="margin:10px 0">LE SIXIÈME<br>J’étais très malade — en danger de mort.<br>Quand même, j’espérais encor,<br>Ma mère persistant à me crier : « Courage ! »<br>Au pied du lit, debout, malgré son grand âge.<br>Je noyais longuement mes regards anxieux<br>Dans le rassurant de ses yeux.<br>Enfin, elle venait s’asseoir à mon chevet :<br>Toujours plus nos regards échangeaient la caresse<br>De la confiance et de la tendresse.<br>Brusquement, elle se levait,<br>M’enlaçait, pareille aux serpents des jungles,<br>Et m’étouffait avec ses ongles.<br>Ma mère n’était plus qu’une sorcière folle…<br>— Qu’à jamais loin de moi ce cauchemar s’envole !…</div><div style="margin:10px 0">LE SEPTIÈME<br>Tiens ! moi, j’avais aussi la démence méchante :<br>En face d’un grand billot plat<br>J’aiguisais vite une serpe tranchante<br>Qui luisait d’un terrible éclat.<br>Soudain je dis : « Vas-y ! puisque si bien tu flambes ! »<br>Et, successivement, je me coupai les jambes,<br>Ensuite, la main gauche ; et, quand je m’éveillai,<br>Mes dents mordaient encore au moignon droit broyé !</div><div style="margin:10px 0">LE HUITIÈME<br>J’étais dans le caveau d’un immense musée<br>De cire, et ma vue était médusée<br>Par des mannequins froids et solennels<br>Qui représentaient de grands criminels.<br>Je frissonnais bien, mais je tenais ferme.<br>Tout à coup, une voix longue criait : « On ferme ! »<br>Je me précipitais pour sortir, plus d’issue !…<br>À la voûte, plus de clarté,<br>Toute la cave était tissue<br>D’une compacte obscurité.<br>J’appelais avec violence,<br>Rien ne répondait qu’un morne silence ;<br>Et je sentais la solitude en haut,<br>Dans la salle au-dessus de mon noir cachot.<br>Alors, se rallumaient les lampes,<br>Et je voyais — l’effroi m’en glace encor les tempes ! —<br>Tous ces mannequins s’animer hideux<br>Pendant que je claquais des dents au milieu d’eux.</div><div style="margin:10px 0">LE NEUVIÈME<br>En chair, en os, j’étais reptile infâme,<br>Crapaud pelotonné sur le sein d’une femme.<br>Tout ramassé dans ma laideur,<br>Immobilisé de lourdeur.<br>Je ne pouvais bouger de cette place<br>Où je mettais mon froid de glace.<br>J’étais si conscient de mon corps odieux<br>Que des larmes mouillaient le rouge de mes yeux,<br>Et qu’en moi, par degrés, je sentais s’accroître<br>Les battements du cœur, des flancs et du goitre.<br>J’aurais tant voulu, pauvre bête affreuse,<br>M’en aller de la malheureuse !…<br>Sa respiration courte, inégalement,<br>Soulevait mon poids opprimant…<br>À la fin, elle dit d’une voix chagrine :<br>« Mais ! qu’est-ce que j’ai donc là, sur la poitrine ? »<br>Elle alluma — me vit — mourut dans la stupeur,<br>Après un hurlement de peur.<br>Et le réveil — horreur qui navre !<br>Me retrouvait crapaud pleurant sur un cadavre.</div><div style="margin:10px 0">LE DIXIÈME<br>Je perdis l’équilibre au bord glissant d’un puits.<br>Exprimer ce que j’ai ressenti… Je ne puis.<br>Ainsi qu’un fil qui se dévide<br>Je descendais lent dans le vide ;<br>Sous ma chute le rond du gouffre ténébreux<br>S’élargissait toujours plus creux ;<br>Et, comme si toujours d’une nouvelle cime<br>Je redégringolais dans un nouvel abîme,<br>Dans l’indéfiniment profond<br>Je tombais sans toucher le fond.</div><div style="margin:10px 0">LE ONZIÈME<br>Un ennemi Protée, un fantôme changeant<br>Me poursuivait partout, marchant, volant, nageant !<br>Je voulais fuir le monstre, ou la bête, ou la morte…<br>Mes pas restaient figés dans de la colle forte.<br>Puis, j’étais dans un lit sans rideaux. Tout en face<br>Pendait juste une immense glace,<br>Si bien qu’avant le coup j’ai pu voir l’éclair froid<br>Du couteau qu’une main tenait levé sur moi.</div><div style="margin:10px 0">LE DOUZIÈME<br>Un moutonnement faible, un bombement très vague,<br>Comme d’une herbe ou d’une vague,<br>Tout au fond de la chambre attirait mon regard :<br>Et voici qu’en un jour blafard<br>Je voyais de dessous une ample couverture<br>Sortir un énorme serpent<br>Dont j’allais être la pâture.<br>Moitié dressé, moitié rampant,<br>Lent, cauteleux, avec un silence farouche,<br>Il arrivait jusqu’à ma couche.<br>Tout vibrant de fluide et la gueule en arrêt,<br>Le magnétiseur me considérait.<br>Puis, les crochets dardés en flammettes furtives,<br>Il sifflait rauque ainsi que les locomotives,<br>Et j’entendais bientôt craquer mes os<br>Sous le vissement lisse et froid de ses anneaux.</div><div style="margin:10px 0">Et le treizième, enfin, dit d’une voix d’homme ivre :<br>— Étant mort enterré, je me sentais revivre…<br>Et je ressuscitais !… Dans l’enclos gazonné<br>D’où je sortais comme un damné,<br>Les défunts me criaient, les uns après les autres :<br>« Non ! tu ne seras plus des nôtres !<br>« Pour qui s’est lassé d’être, en son ennui béant,<br>« Au moins le suicide avance le néant !<br>« Mais, toi, ta vie ayant l’intarissable source,<br>« Tu n’auras pas cette ressource.<br>« Tu dois exister désormais<br>« Pour jamais ! pour jamais !<br>« Retourne au mal, au deuil, à l’argent, aux amours,<br>« Pour toujours ! pour toujours !<br>« Va-t-en lutter, souffrir, penser,<br>« Sans plus repouvoir trépasser ! »</div><div style="margin:10px 0"><br>Il se tut. La parole eut un instant sa trêve.<br>Puis, les douze premiers unissant, à la fois<br>Leurs frémissements et leurs voix,<br>S’écrièrent : « Voilà le plus horrible rêve !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3721" data-title="Les Treize Rêves de Maurice Rollinat" data-description="L’un des treize viveurs que la tristesse ronge Ayant dit : « Voyons donc, qui de nous, l’autre nuit, A fait le plus horrible songe ? » Chacun parle à son tour et conte ce qui suit : LE PREMIER Je rêvais que j’étais pieds liés, bras au..."></div> </div> </div>
cadre en ligne (trait simple)
cadre en ligne interrompue (ligne coupée)
cadre en points de suspension (cadre en pointillés)
cadre en ligne double
cadre en ligne cannelée
cadre avec ligne en relief
cadre baissé
cadre élevé
sans cadre
bleu
vert
rouge
pourpré
azuré
doré
argenté
noir