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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3655" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les Bottines d'étoffe</strong></div><div style="margin:10px 0">Dans un bourg de province appelé Saint-Christophe,<br>Un jour que je rôdais près des chevaux de bois,<br>Au son désespéré d’un grand orgue aux abois,<br>J’entrevis tout à coup deux bottines d’étoffe.</div><div style="margin:10px 0">L’une semblait dormir sur le frêle étrier,<br>L’autre bougeait avec une certaine morgue.<br>A quelque pas, sans trêve, un vieux ménétrier<br>Se démanchait le bras comme le joueur d’orgue.</div><div style="margin:10px 0">Les grincements aigus du violon m’entraient<br>Dans l’âme, et m’égaraient au fond d’un spleen sans bornes,<br>Et toujours, toujours les bottines se montraient<br>Dans le gai tournoiement des petits chevaux mornes.</div><div style="margin:10px 0">Pauvres petits chevaux ! roides sous le harnais,<br>Vertigineusement ils roulaient dans le vague.<br>Leur maître, un acrobate à l’accent béarnais,<br>S’essoufflait à crier : « A la bague ! A la bague ! »</div><div style="margin:10px 0">Ils me navraient ! J’aurais voulu les embrasser<br>Et dire à leur bois peint, que je douais d’une âme,<br>Combien je maudissais le bateleur infâme<br>Qui se faisait un jeu d’ainsi les harasser.</div><div style="margin:10px 0">Mais en vain j’emplissais mes yeux de leurs marbrures,<br>Et je m’apitoyais sur leur mauvais destin,<br>Mon regard ne lorgnait, lascif et clandestin,<br>Que les bottines, dont il buvait les cambrures.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! comme elles plaquaient sur les doux inconnus<br>Dont mon rêve léchait l’ensorcelant mystère !<br>Moules délicieux de pieds frôleurs de terre<br>Que j’aurais voulu mordre en les voyant tout nus.</div><div style="margin:10px 0">Et le ménétrier sciait ses cordes minces<br>Et celui qui tournait la manivelle, hélas !<br>De l’orgue poitrinaire effroyablement las<br>Y cramponnait ses mains, abominables pinces.</div><div style="margin:10px 0">Quelle mélancolie amoureuse dans l’air<br>Et dans mon cœur ! des chants rauques sortaient des bouges,<br>Un soleil capiteux dardait ses rayons rouges<br>Qui grisaient lentement les filles à l’œil clair.</div><div style="margin:10px 0">Bruits, senteurs, atmosphère, aspect de la cohue<br>Se ruant à la fête avec des rires mous,<br>Et des petits chevaux tournant comme un remous,<br>Jusqu’à l’entrain niais des bourgeois que je hue ;</div><div style="margin:10px 0">Toutes ces choses-là sans doute m’obsédaient,<br>Mais qu’était-ce à côté de ces bottines grises<br>Dont ma chair et mon âme étaient si fort éprises<br>Que j’aurais souffleté ceux qui les regardaient ?</div><div style="margin:10px 0">Ainsi que d’un écrin gorgé de pierreries,<br>D’épingles d’or massif, et de gros diamants,<br>Il en sortait pour moi tant d’éblouissements<br>Que mon œil effaré nageait dans des féeries.</div><div style="margin:10px 0">Elles me piétinaient l’imagination,<br>Mais avec tant d’amour, qu’ainsi foulé par elles,<br>J’avais des voluptés presque surnaturelles<br>Qui m’emportaient en pleine hallucination.</div><div style="margin:10px 0">Alors, plus d’acrobate à la figure osseuse,<br>Plus de foule ! plus rien ! sous les cieux embrasés,<br>Au milieu d’une extase aromale et berceuse<br>J’avais pour m’assoupir un hamac de baisers.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! qui rendra jamais l’attouchement magique<br>De ces bottines d’ange aux souplesses d’oiseaux ?<br>Tout ce que la langueur a de plus léthargique<br>Se mêlait à ma moelle et coulait dans mes os !</div><div style="margin:10px 0">Leurs petits bouts carrés me becquetaient les lèvres.<br>Et leurs talons pointus me chatouillaient le cou ;<br>Et tout mon corps flambait : délicieuses fièvres<br>Qui me vaporisaient le sang ! — Quand tout à coup,</div><div style="margin:10px 0">La nuit vint embrumer le bourg de Saint-Christophe :<br>L’orgue et le violon moururent tous les deux ;<br>Les petits chevaux peints s’arrêtèrent hideux ;<br>Et je ne revis plus les bottines d’étoffe.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3655" data-title="Les Bottines d'étoffe de Maurice Rollinat" data-description="Dans un bourg de province appelé Saint-Christophe, Un jour que je rôdais près des chevaux de bois, Au son désespéré d’un grand orgue aux abois, J’entrevis tout à coup deux bottines d’étoffe. L’une semblait dormir sur le frêle ét..."></div> </div> </div>
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