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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3649" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les Agonies lentes</strong></div><div style="margin:10px 0">On voit sortir, l'été, par les superbes temps,<br>Les poitrinaires longs, fluets et tremblotants ;<br>Ils cherchent, l’œil vitreux et noyé de mystère,<br>Dans une grande allée, un vieux banc solitaire<br>Et que le soleil cuit dans son embrasement.<br>Alors, ces malheureux s’assoient avidement,<br>Et débiles, voûtés, blêmes comme des marbres<br>Regardent vaguement la verdure des arbres.<br>Parfois des promeneurs aux regards effrontés<br>Lorgnent ces parias par le mal hébétés,<br>Et jamais la pitié, tant que l’examen dure,<br>N’apparaît sur leur face aussi sotte que dure.<br>Trop béats pour sentir les deuils et les effrois,<br>Ils fument devant eux, indifférents et froids,<br>Et l’odeur du cigare, empoisonnant la brise ;<br>Cause à ces moribonds une toux qui les brise.<br>Eux, les martyrisés, eux, les cadavéreux,<br>Comme ils doivent souffrir de ce contraste affreux<br>Où la santé publique avec son ironie<br>Raille leur misérable et cruelle agonie !<br>Pour eux, dont les poumons flétris dès le berceau<br>S’en vont, heure par heure et morceau par morceau,<br>Pas d’éclair consolant qui fende leurs ténèbres !<br>Puis, ils sont assaillis de présages funèbres,<br>Ayant en plein midi, par un azur qui bout,<br>L’hostilité nocturne et louche du hibou :<br>Un convoi rencontré près d’une basilique ;<br>Un menuisier blafard, à l’air mélancolique,<br>Qui transporte un cercueil à peine raboté,<br>Où déjà le couvercle en dôme est ajusté ;<br>Un lugubre flâneur que l’âge ride et casse,<br>Qui se parle à lui-même en traînant sa carcasse<br>Et qui répond peut-être à quelque vieux remord ;<br>Une main qui remet des « faire part » de mort ;<br>Un prêtre en capuchon, comme un jaune trappiste :<br>Toutes ces visions s'acharnent à leur piste.<br>Le terme de leur vie, hélas ! va donc échoir !<br>Ils le savent ! celui qui scrute leur crachoir<br>En a trop laissé voir sur sa figure fausse,<br>Pour qu’ils ne songent pas qu’on va creuser leur fosse.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! j’en ai rencontré plus d’un par les chemins<br>Qui cachait à moitié sa tête dans ses mains<br>Devant un corbillard gagnant le cimetière ;<br>Et j’ai senti pleurer mon âme tout entière !</div><div style="margin:10px 0">À quels frissonnements, à quelle intense horreur<br>Sont voués ces vivants écrasés de terreur,<br>Quand ils rentrent le soir, au déclin de l’automne,<br>Dans leur alcôve tiède, ancienne et monotone ?</div><div style="margin:10px 0">En proie à la plus sombre hallucination,<br>Dans un morbide élan d’imagination,<br>Sous un mal qui les mine et qui les exténue<br>Osent-ils supposer que leur fin est venue,<br>Pour assister d’avance à leur enterrement ?<br>Voient-ils les invités entrer sinistrement<br>Dans la chambre où leur bière étroite et mal vissée<br>Souffle la puanteur infecte et condensée ?<br>Entendent-ils causer les croque-morts tout bas ?<br>Sentent-ils qu’on soulève et qu’on porte là-bas<br>Sous les panaches blancs de la lente voiture<br>Le bois rectangulaire où gît leur pourriture ?<br>Dans la nef, aux accords d’un orgue nasillard,<br>Sur le haut catafalque, au milieu d’un brouillard<br>D’encens, qu’on fait brûler auprès d’eux sur la pierre<br>Pour combattre l’odeur s’échappant de leur bière,<br>Entre des cierges gris aux lueurs de falot,<br>Appelés par des voix qu’étouffe le sanglot<br>Et pleurés par des chants d’une plainte infinie,<br>Voient-ils qu’on est au bout de la cérémonie<br>Mortuaire, et qu’on va les jeter dans le trou ?<br>L’entrée au cimetière, — un sol visqueux et mou, —<br>Les enterreurs au bord de la fosse qui s’offre,<br>Le brusque nœud coulant qu’on passe autour du coffre<br>Qui s’enfourne et descend comme un seau dans un puits ;<br>Le heurt mat du cercueil au fond du gouffre, et puis,<br>À la fin, les cailloux, les pierres et l’argile<br>Qui frappent à coups sourds leur couvercle fragile,<br>Tout cela passe-t-il en frissons désolés<br>Au plus creux de leur âme et de leurs os gelés,<br>Et dans un soliloque amer et pulmonique,<br>Ne pouvant maîtriser la suprême panique,<br>Crient-ils : « Grâce ! » au Destin qui répond : « Non, la Mort. »</div><div style="margin:10px 0">Ainsi je songe, et j’offre à vous que le spleen mord,<br>À vous, pâles martyrs, plus damnés que Tantale,<br>Ces vers noirs inspirés par la Muse fatale.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3649" data-title="Les Agonies lentes de Maurice Rollinat" data-description="On voit sortir, l'été, par les superbes temps, Les poitrinaires longs, fluets et tremblotants ; Ils cherchent, l’œil vitreux et noyé de mystère, Dans une grande allée, un vieux banc solitaire Et que le soleil cuit dans son embrasement. Alo..."></div> </div> </div>
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