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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3645" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>L'Enterré vif</strong></div><div style="margin:10px 0">Homme ! imagine-toi qu’après un soir d’orgie<br> Tu rentres chez toi, très joyeux :<br>Tu dors, et le matin, tombant en léthargie,<br> Tu parais mort à tous les yeux.</div><div style="margin:10px 0">Ta fillette se mire, et ton épouse fausse,<br> Bouche ricaneuse et front bas,<br>Songe : « On va donc enfin le fourrer dans sa fosse ;<br> Vite une loque et de vieux bas ! »</div><div style="margin:10px 0">Sur la table de nuit on met un cierge sale,<br> On te roule dans le linceul.<br>Et tandis que chacun tourne et va dans la salle,<br> Tu gis dans un coin, blême et seul.</div><div style="margin:10px 0">La bonne, ta maîtresse, égrène une prière<br> D’un air las où l’ennui se peint ;<br>L’ouvrier prend mesure et propose une bière<br> De bon chêne ou de bon sapin.</div><div style="margin:10px 0">Pendant que ton cousin optera pour le chêne :<br> Il criera, ton enfant si cher,<br>Que pour gagner vingt sous il faut que l'on s’enchaîne :<br> Le sapin est déjà trop cher !</div><div style="margin:10px 0">Bref, on t’habillera d’un peuplier si tendre<br> Qu’on aura peine à le clouer ;<br>Et sur les contrevents, ton fils, sans plus attendre,<br> Écrira : Maison à louer.</div><div style="margin:10px 0">Et puis, bagage oblong, heurtant rampe et muraille,<br> Par l’escalier tu descendras ;<br>Aux regards de la rue égoïste qui raille<br> Ligneusement tu t’étendras ;</div><div style="margin:10px 0">Et les porteurs narquois, sous la nue en fournaise<br> Calcinant les toits et le sol,<br>Marmotteront : « Tu vas fermenter à ton aise<br> Et charogner dans ton phénol. »</div><div style="margin:10px 0">Le prêtre ayant glapi : « Bah ! mourir, c’est renaître ! »<br> Peu payé, priera mollement ;<br>Et ceux qui te verront passer de leur fenêtre<br> Diront : « Quel pauvre enterrement ! »</div><div style="margin:10px 0">Le corbillard, avec des lenteurs de cloporte,<br> Rampera lourd, grinçant, hideux ;<br>Comme il peut arriver que le cheval s’emporte<br> Et casse ton cercueil en deux.</div><div style="margin:10px 0">Dans l'église, un ivrogne en sonnant tes glas sombres<br> Réveillera de gros hiboux<br>Qui frôleront ta caisse avec leurs ailes d’ombres<br> Et viendront se percher aux bouts.</div><div style="margin:10px 0">Entre les hommes noirs à figure pointue<br> Un pauvre portera ta croix ;<br>Et plus d’un pensera : « Cette scène me tue,<br> « Je pourrais m’esquiver, je crois. »</div><div style="margin:10px 0">Et voilà qu’on arrive à ta fosse béante,<br> Obscure comme l’avenir :<br>Elle est là, gueule fauve, ironique et géante,<br> Attendant l’heure d’en finir.</div><div style="margin:10px 0">Sur un court Libera que le prêtre t’accorde<br> On t’engouffre et tu glisses... Brrou !<br>Puis, d’un mouvement brusque on ramène la corde<br> Et tu t’aplatis dans le trou.</div><div style="margin:10px 0">On prend le goupillon avec des mains gantées,<br> On t’asperge vite en tremblant ;<br>Et l’on rabat la terre, à pleines pelletées,<br> Sur ton paletot de bois blanc.</div><div style="margin:10px 0">Un fossoyeur, pressé d’achever sa besogne,<br> Enfonce ta croix comme un coin,<br>Et les deux croque-morts ricanant sans vergogne<br> Vont boire au cabaret du coin.</div><div style="margin:10px 0">Or, tout cela se brise à ton sommeil magique,<br> Comme le flot contre l'écueil ;<br>Mais ton œil va s’ouvrir pour un réveil tragique<br> Dans l’affreuse nuit du cercueil.</div><div style="margin:10px 0">Alors, étroitement collés contre tes hanches,<br> Tes maigres bras ensevelis<br>Iront en s’étirant buter contre les planches<br> Sous le grand suaire aux longs plis.</div><div style="margin:10px 0">Tandis que tes genoux heurteront ton couvercle<br> Avec un frisson de fureur,<br>Ton esprit affolé roulera dans un cercle<br> D’épouvantements et d’horreur.</div><div style="margin:10px 0">Une odeur de bois neuf, d’argile et de vieux linges<br> Te harcèlera sans pitié :<br>L’asphyxie aux poumons, la névrose aux méninges,<br> Tu hurleras, mort à moitié.</div><div style="margin:10px 0">Tes sourds gémissements resteront sans réponse ;<br> Plus d’échos sous ton hideux toit<br>Qui, spongieux et mou comme la pierre ponce,<br> Laissera l’eau suinter sur toi !</div><div style="margin:10px 0">Dans l’horrible seconde où ta vie épuisée<br> Luttera moins contre la mort,<br>Tu croiras voir ta chair déjà décomposée ;<br> Tu sentiras le ver qui mord.</div><div style="margin:10px 0">Contrition tardive et vaines conjectures,<br> Tous ces spectres aux dents de fer<br>Lancineront ton âme en doublant tes tortures<br> Qui te feront croire à l’enfer.</div><div style="margin:10px 0">Tandis que ta famille oublieuse et cynique<br> Discutera ton testament,<br>Et que, la plume aux doigts, un vieux notaire inique<br> Épaissira l’embrouillement,</div><div style="margin:10px 0">Toi, tu seras tout seul enfermé dans ta boîte,<br> Pauvre cadavre anticipé,<br>Sans haleine, sans voix, sans regards, le corps moite,<br> Bouche ouverte et le poing crispé.</div><div style="margin:10px 0">Enfin, tes membres froids s’allongeront sous terre<br> Dans la morne rigidité,<br>Et ton dernier soupir, atroce de mystère,<br> S’enfuira vers l’éternité. »</div><div style="margin:10px 0">— Telle est la prophétie effroyable de haine<br> Qu’un grand fantôme au nez camard,<br>M’a faite, l’autre nuit, sur un trône d’ébène,<br> Au milieu d’un noir cauchemar.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3645" data-title="L'Enterré vif de Maurice Rollinat" data-description="Homme ! imagine-toi qu’après un soir d’orgie Tu rentres chez toi, très joyeux : Tu dors, et le matin, tombant en léthargie, Tu parais mort à tous les yeux. Ta fillette se mire, et ton épouse fausse, Bouche ricaneuse et front bas, Song..."></div> </div> </div>
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