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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3636" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Vieux Priseur</strong></div><div style="margin:10px 0">Le plus grand priseur de la terre<br> Était bien le père Chapu,<br> Bonhomme rougeaud et trapu,<br> Rond d’allure et de caractère.</div><div style="margin:10px 0"> Certes ! la poudre tabagique<br> Aucun ne la dégusta mieux,<br> Avec plus d’amour que ce vieux<br> Dont c’était le trésor magique.</div><div style="margin:10px 0"> Oui ! c’était sa joie et sa force.<br> On le voyait s’épanouir<br> Quand le couvercle à bout de cuir<br> Découvrait sa boîte en écorce.<br> <br> Il l’avait là, comme son âme,<br> Dans la poche de son gilet.<br> Il disait, quand il en parlait,<br> « Plutôt q’d’ell’ je m’pass’rais d’ma femme. »</div><div style="margin:10px 0"> Pour son vieux nez sa large prise<br> Qu’il aspirait jusqu’au cerveau<br> Avait l’attrait toujours nouveau,<br> Était sans cesse une surprise.</div><div style="margin:10px 0"> Ayant ouvert sa tabatière,<br> Coudant un doigt, dans les deux bouts<br> Il tapotait à petits coups,<br> Pour dégrumeler la poussière.</div><div style="margin:10px 0"> Puis, entre l’index et le pouce,<br> Il pinçait dans un plongement<br> Sa prise que, dévotement,<br> Il reniflotait, lente et douce.</div><div style="margin:10px 0"> Un éclair de béatitude<br> Parcourant alors tous ses traits<br> Faisait rire ses yeux distraits,<br> Illuminait sa face rude.</div><div style="margin:10px 0"> « Hein ? chez vous l’habitude est forte,<br> Dis-je, un jour, au père Chapu.<br> Comment ça vous est-il venu ? »<br> Et le vieux parla de la sorte :</div><div style="margin:10px 0"> « Jeun’ j’étais pourtant pas tout bête,<br> Mais, faut croir’ que c’était un sort :<br> Je n’faisais q’penser à la mort,<br> J’avais mon cercueil dans la tête.</div><div style="margin:10px 0"> Dans les champs, à la métairie,<br> Tout seul, comme avec d’aut’ garçons,<br> Tell’ qu’un’ fièv’ qu’arrive en frissons,<br> Subit’ment m’prenait c’te song’rie.</div><div style="margin:10px 0"> J’avais beau travailler q’plus ferme,<br> Chanter fort, m’donner du mouv’ment,<br> J’étais mangé par mon tourment,<br> L’jour, la nuit, ça n’avait pas d’terme.</div><div style="margin:10px 0"> Et puis, sans que j’boiv’, sur ma vue<br> Yavait comm’ les brouillards du vin,<br> Sans êtr’ sourd, j’entendais pas fin,<br> Et j’avais la langue r’tenue.</div><div style="margin:10px 0"> J’fumais ben comm’ ça quéq’ pipette,<br> Mais c’tabac-là n’me valait rien.<br> Si tell’ment qui m’faisait pas d’bien<br> Qui m’rendait malade et pompette.</div><div style="margin:10px 0"> V’là q’prenant mes bott’, un dimanche,<br> J’m’en fus trouver dans sa forêt<br> L’charbonnier qui soignait d’secret :<br> Un grand homm’ noir à barbe blanche.</div><div style="margin:10px 0"> J’lui racontai tout’ mon histoire.<br> Et ses parol’ tell’ de c’jour-là,<br> Ya pourtant trente ans d’ça, les v’là !<br> Ell’ n’ont pas quitté ma mémoire :</div><div style="margin:10px 0"> « D’abord, qui m’dit, c’t’homm’ solitaire,<br> Vous êt’ fermier ? Soyez pêcheur !<br> Vivez dans les creux d’la fraîcheur,<br> Et fouillez l’onde au lieu d’la terre.</div><div style="margin:10px 0"> À c’métier-là, moi, je l’devine,<br> Vous d’viendrez plus astucieux.<br> C’est la nuit qui fait les bons yeux,<br> Et l’silenc’ qui rend l’oreill’ fine.</div><div style="margin:10px 0"> Quant à vot’ parol’ paresseuse,<br> Tant mieux pour vous ! vous risquez moins<br> D’vous compromet’ devant témoins,<br> La langue est toujours trop causeuse.</div><div style="margin:10px 0"> Maint’nant, v’lez-vous une âm’ rentière<br> D’la plus parfait’ tranquillité ?<br> Dev’nez un priseur entêté,<br> Un maniaq’ de la tabatière.</div><div style="margin:10px 0"> Avec ça, vous n’s’rez plus sensible<br> À tout’ ces peurs de trépasser,<br> Vous attendrez, pour y penser,<br> Q’vot’ jour soit v’nu : l’plus tard possible ! »</div><div style="margin:10px 0"> Dam’ ! dès l’lendemain, yeut pas d’méprise,<br> Le pêcheur remplaça l’bouvier ;<br> J’troquai la bêch’ pour l’épervier,<br> Et la fumade cont’ la prise.</div><div style="margin:10px 0"> D’abord, j’aimai pas trop la chose,<br> J’en fus curieux p’tit à p’tit ;<br> Puis, mon nez en eut l’appétit...<br> J’agrandis la boîte et la dose.</div><div style="margin:10px 0"> Dans mon tabac, moi, j’mets pas d’fève,<br> Comm’ de l’eau dans l’vin, ça l’chang’ tout.<br> Je l’veux net ! qu’il ait son vrai goût !<br> Et tous vos parfums ça yenlève.</div><div style="margin:10px 0"> Ah oui ! c’t’habitud’-là m’attache,<br> I’m’faut ma pris’ ! j’conviens q’mon nez<br> En a les d’sous tout goudronnés,<br> Qu’on dirait, des fois, un’ moustache...</div><div style="margin:10px 0"> C’est pas la propreté suprême,<br> Bah ! on s’mouch’ mieux et plus souvent,<br> Et puis, l’grand air, la pluie et l’vent<br> Vous rend’ ben ragoûtant quand même.</div><div style="margin:10px 0"> Ell’ sont aussi joint’ qu’ell’ sont grosses<br> Mes queues d’rat. Dans leur profondeur<br> L’tabac s’tient frais, gard’ son odeur,<br> Tel que du limon dans des fosses.</div><div style="margin:10px 0"> J’m’ai moi seul appris à les faire :<br> Queq’ petits clous fins d’tapissier,<br> Un bout d’pelur’ de bon c’risier,<br> Deux d’bois blanc, un d’cuir, font l’affaire.</div><div style="margin:10px 0"> J’en fabrique pour d’aut’ ! quand l’vent rêche<br> Empêch’ tout l’gros poisson d’mouver,<br> J’m’amuse à les enjoliver,<br> Pendant c’temps-là l’épervier sèche.</div><div style="margin:10px 0"> L’sorcier m’avait pas dit d’mensonges,<br> J’prends à mon aise, en vivant bien,<br> L’homm’ tel qu’il est, l’temps comme i’ vient,<br> Et la paix des chos’ fait mes songes.</div><div style="margin:10px 0"> Oui ! sauf les affair’ de la pêche<br> Où q’mon esprit combin’ des coups,<br> J’rêve aussi douc’ment q’les cailloux<br> Quand i’ sont léchés par l’eau fraîche.</div><div style="margin:10px 0"> Certain’ fois q’ma b’sogne est confuse<br> J’en r’nifle un’ qui m’donne un conseil,<br> M’désengourdit, m’tient en éveil,<br> Et m’fournit du cœur et d’la ruse.</div><div style="margin:10px 0"> Comme aussi, lorsque j’fais une pause<br> Sur queq’ rocher gris pour fauteuil,<br> Un’ bonn’ pris’ me met mieux à l’œil<br> Le feuillag’ qui tremble ou qui r’pose.</div><div style="margin:10px 0"> Et puis, vous parlez, pour mon âge,<br> Que j’suis encor subtil et r’tors !<br> Sans soleil, j’vois l’poisson qui dort,<br> J’entendrais un’ grenouill’ qui nage.</div><div style="margin:10px 0"> Ma foi ! j’suis l’plus heureux des hommes,<br> J’rôd’ tranquille au fond d’mes vallons,<br> Au bord de l’eau, sous l’ciel, — allons !<br> Vite un’ pris’ ! pendant q’nous y sommes !</div><div style="margin:10px 0"> Parc’ que quand ma vie et la vôtre...<br> Mais j’vous parl’ trépas, c’est trop fort !<br> Cont’ ce p’tit r’venez-y d’la mort<br> Attendez ! j’vas en prendre une autre. »</div><div style="margin:10px 0">Ceci lu, maint priseur tirant sa tabatière,<br> Se dira, non sans quelque émoi :<br>« Ô prise ! que n’as-tu le même effet chez moi<br> Contre la peur du cimetière !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3636" data-title="Le Vieux Priseur de Maurice Rollinat" data-description="Le plus grand priseur de la terre Était bien le père Chapu, Bonhomme rougeaud et trapu, Rond d’allure et de caractère. Certes ! la poudre tabagique Aucun ne la dégusta mieux, Avec plus d’amour que ce vieux Dont c’était le tréso..."></div> </div> </div>
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