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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3612" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Soliloque de Troppman</strong></div><div style="margin:10px 0">Enfin débarrassé du père<br>Et du grand fils, — vœux triomphants ! <br>J’allais donc en certain repaire<br>Tuer la mère et les enfants !</div><div style="margin:10px 0">Je fus les attendre à la gare,<br>Dans la nuit froide, sans manteau ;<br>J’avais à la bouche un cigare<br>Et dans ma poche un long couteau.</div><div style="margin:10px 0">Tout entier au plan du massacre,<br>Si pesé dès qu’il fut éclos,<br>Je m’étais muni d’un grand fiacre<br>D’une couleur sombre et bien clos.</div><div style="margin:10px 0">Sur les coussins, calme, sans fièvre,<br>Je me vautrais comme un Sultan ;<br>Je devais avoir sur la lèvre<br>Le froid sourire de Satan !</div><div style="margin:10px 0">Je sais que plein de convoitise<br>Je ricanais, tout en songeant<br>Que pour huit morts, — une bêtise ! —<br>J’allais avoir beaucoup d’argent.</div><div style="margin:10px 0">Je pensais : « Destin ! tu me pousses<br>« Au forfait le plus inouï ;<br>« Mais, puisque j’ai d’ignobles pouces<br>« Et pas de cœur, je réponds : Oui !</div><div style="margin:10px 0">« Le train du Nord me les apporte.<br>« Et moi, l’homme aux projets hideux,<br>« Mystérieux comme un cloporte,<br>« Je me voiture au-devant d’eux :</div><div style="margin:10px 0">« Pour les saigner comme des bêtes,<br>« Pour les pétrir, les étrangler,<br>« Pour fendre et bossuer leurs têtes,<br>« Sans qu’ils aient le temps de beugler ! »</div><div style="margin:10px 0">J’arrivai : la gare était pleine<br>De bruit et de monde. — À minuit,<br>Je pourrais combler dans la plaine<br>Un grand trou bâillant à la nuit !</div><div style="margin:10px 0">Je lorgnais des filles charnues,<br>Froidement, comme un gentleman,<br>Lorsque soudain des voix connues<br>S’écrièrent : « Voilà Troppmann ! »</div><div style="margin:10px 0">Et tous, la mère et la marmaille<br>Me couvrirent de baisers gras !<br>C’était fait ! Ma dernière maille<br>Se nouait enfin dans leurs bras !</div><div style="margin:10px 0"><br> II</div><div style="margin:10px 0">Nous roulions ! Pour que mes victimes<br>Eussent foi dans ma loyauté,<br>J’abritais mes pensers intimes<br>Derrière ma loquacité.</div><div style="margin:10px 0">Les tout petits dormaient candides<br>Sur mes genoux, dur matelas.<br>Je frôlais de mes doigts sordides<br>Le manche de mon coutelas.</div><div style="margin:10px 0">Bercés par de féeriques songes,<br>Ils dormaient ; et moi, le damné,<br>Je rassurais par des mensonges<br>La femme de l’empoisonné.</div><div style="margin:10px 0">Lutterait-elle, cette sainte ?<br>Je l’épiai sournoisement :<br>— Quelle chance ! Elle était enceinte !<br>J’eus un joyeux tressaillement.</div><div style="margin:10px 0">« Je la tuerai, quoi qu’elle fasse,<br>Sans trop d’efforts bien essoufflants,<br>D’un coup de couteau dans la face<br>Et d’un coup de pied dans les flancs ! »</div><div style="margin:10px 0">Puis, mes rêves gaîment féroces<br>M’emportaient sur les paquebots !<br>Et le cocher fouettait ses rosses<br>Qui trottinaient à pleins sabots.</div><div style="margin:10px 0"><br> III</div><div style="margin:10px 0">La banlieue avait clos ses bouges.<br>Vers Paris tout au loin brillaient<br>Des milliers de petits points rouges,<br>Et parfois les chiens aboyaient.</div><div style="margin:10px 0">Les usines abandonnées<br>Dressaient lugubrement dans l’air<br>Leurs gigantesques cheminées<br>Toutes noires sous le ciel clair.</div><div style="margin:10px 0">De sa lueur de nacre et d’ambre,<br>Comme un prodigieux fanal,<br>La froide lune de septembre<br>Illuminait ce bourg banal,</div><div style="margin:10px 0">Que moi, le vomi des abîmes,<br>L’ami perfide et venimeux,<br>Par le plus monstrueux des crimes<br>J’allais rendre à jamais fameux !</div><div style="margin:10px 0">Nous étions rendus ; le champ morne<br>À deux pas de nous sommeillait ;<br>Leur vie atteignait donc sa borne !<br>Et pourtant, j’étais inquiet.</div><div style="margin:10px 0">Refuseraient-ils de me suivre,<br>Avertis par de noirs frissons ?<br>Le cocher, bien qu’aux trois quarts ivre,<br>Aurait-il enfin des soupçons ?</div><div style="margin:10px 0">Mais non : j’avais l’air doux, en somme.<br>Et sans terreur, sans cauchemar,<br>Grillant d’embrasser son cher homme,<br>La mère descendit du char,</div><div style="margin:10px 0">Prit par la main, d’un geste tendre,<br>Sa fillette et son plus petit,<br>Dit aux autres de nous attendre,<br>Les embrassa ; puis, l'on partit.</div><div style="margin:10px 0"> IV</div><div style="margin:10px 0">Elle allait portant sa fillette,<br>Ses petits bras autour du cou ;<br>Elle n’était pas inquiète :<br>Lorsque je bondis tout à coup !</div><div style="margin:10px 0">Mon attaque fut si soudaine,<br>Qu’elle ne vit pas l’assassin :<br>Je lui piétinai la bedaine<br>Et je lui tailladai le sein ;</div><div style="margin:10px 0">Puis, me ruant sur chaque mioche,<br>Près de leur mère qui râlait,<br>Je les couchai d’un coup de pioche :<br>Plus que trois ! Comme ça filait !</div><div style="margin:10px 0">Ils m’attendaient dans la voiture.<br>« Venez, leur dis-je, me voici ;<br>Votre mère est à la torture<br>En vous sachant tout seuls ici. »</div><div style="margin:10px 0">Alors, minute solennelle,<br>Admirablement papelard,<br>D’une main presque maternelle,<br>Je mis à chacun un foulard.</div><div style="margin:10px 0">À peine le cocher stupide<br>Était-il parti, qu’aussitôt,<br>Vertigineusement rapide,<br>Je les assaillis sans couteau.</div><div style="margin:10px 0">Sur leurs trois cous je vins m’abattre,<br>Horriblement je les sanglai ;<br>Ils se tordirent comme quatre,<br>Mais en vain : je les étranglai !</div><div style="margin:10px 0">Alors du poitrail de la vieille<br>J’arrachai mon eustache, et fou,<br>Pris d’une rage sans pareille,<br>Je les frappai sans savoir où.</div><div style="margin:10px 0">Je frappais, comme un boucher ivre,<br>À tour de bras, m’éclaboussant,<br>Moi, le froid manieur de cuivre,<br>De lambeaux de chair et de sang !</div><div style="margin:10px 0">Mon couteau siffla dans leurs râles,<br>Et mon pesant pic de goujat<br>Défigura ces faces pâles<br>Où le sang se caillait déjà,</div><div style="margin:10px 0">Puis, sous le ciel, au clair de lune,<br>Avec mes outils ébréchés,<br>Je fis sauter, l'une après l'une,<br>Les cervelles des six hachés !</div><div style="margin:10px 0">C’était si mou sous ma semelle<br>Que j’en fus écœuré : j’enfouis,<br>Morts ou non, tassés, pêle-mêle,<br>Ces malheureux, et je m’enfuis !</div><div style="margin:10px 0"><br> V</div><div style="margin:10px 0">Enfin ! Je les tenais, les sommes !<br>Tous les huit, morts ! C’était parfait !<br>J’allais vivre, estimé des hommes,<br>Avec le gain de mon forfait.</div><div style="margin:10px 0">Eh bien, non ! Satan mon compère<br>M’a lâchement abandonné.<br>Je rêvais l’avenir prospère :<br>Je vais être guillotiné.</div><div style="margin:10px 0">J’allais jeter blouse et casquette,<br>Je voulais être comme il faut !<br>Demain matin, à la Roquette,<br>On me rase pour l'échafaud.</div><div style="margin:10px 0">Je me drapais dans le mystère<br>Avec mon or et mes papiers :<br>Dans vingt-quatre heures, l'on m’enterre<br>Avec ma tête entre mes pieds.</div><div style="margin:10px 0">Eh bien, soit ! À la rouge Veuve<br>Mon cou va donner un banquet ;<br>Mon sang va couler comme un fleuve,<br>Dans l’abominable baquet ;</div><div style="margin:10px 0">Qu’importe ! Jusqu’à leur machine,<br>J’irai crâne, sans tombereau ;<br>Mais avant de plier l’échine,<br>Je mordrai la main du bourreau !</div><div style="margin:10px 0">Et maintenant, croulez, ténèbres !<br>Troppmann en ricanant se dit<br>Que parmi les tueurs célèbres,<br>Lui seul sera le grand maudit !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3612" data-title="Le Soliloque de Troppman de Maurice Rollinat" data-description="Enfin débarrassé du père Et du grand fils, — vœux triomphants ! J’allais donc en certain repaire Tuer la mère et les enfants ! Je fus les attendre à la gare, Dans la nuit froide, sans manteau ; J’avais à la bouche un cigare Et dans ..."></div> </div> </div>
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cadre en ligne interrompue (ligne coupée)
cadre en points de suspension (cadre en pointillés)
cadre en ligne double
cadre en ligne cannelée
cadre avec ligne en relief
cadre baissé
cadre élevé
sans cadre
bleu
vert
rouge
pourpré
azuré
doré
argenté
noir