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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3578" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Pêcheur d'écrevisses</strong></div><div style="margin:10px 0">Nez plat, grosse bouche en fer d’âne,<br>Et, sous les pommettes deux creux<br>Dans un long visage cireux,<br>Tout en menton et tout en crâne ;</div><div style="margin:10px 0">Glabre, sec et la peau ridée ;<br>Un petit œil vif et louchon ;<br>Une jambe en tire-bouchon,<br>L’autre racornie et coudée ;</div><div style="margin:10px 0">Boitant, mais de telle manière<br>Que, d’un côté marchant plus bas,<br>Il avait l’air, à chaque pas,<br>D’entrer un pied dans une ornière.</div><div style="margin:10px 0">Les bras tombant à la rotule<br>Avec une très courte main :<br>Tel était le pauvre Romain,<br>Mon visiteur du crépuscule.</div><div style="margin:10px 0">Ce gars pêchait des écrevisses<br>Dans tous les ruisseaux du ravin.<br>Le goût du tabac et du vin<br>Était la plus grand de ses vices.</div><div style="margin:10px 0">À qui lui parlait blonde ou brune<br>Il disait de son ton drôlet :<br>« Faut croir’ que je n’ suis pas si laid<br>Puisque j’en trouve encor quéq’s unes. »</div><div style="margin:10px 0">Ce maigre infirme, à jeun, comme ivre,<br>Rôdaillait le jour et la nuit...<br>Et, quand on marchait avec lui,<br>On avait du mal à le suivre.</div><div style="margin:10px 0">S’il avait une ample capture,<br>Le soir, annoncé par mes chiens,<br>Il m’arrivait, criait : « J’en viens !<br>J’ vous apport’ de la nourriture. »</div><div style="margin:10px 0">Exhalant des senteurs de fosses,<br>Il dépliait son grand mouchoir<br>Plein de bêtes, me faisait voir<br>Qu’elles étaient vives et grosses.</div><div style="margin:10px 0">Je lui donnais un coup à boire,<br>Et, ça dépendait, deux et trois !..<br>Il buvait, tenant à dix doigts<br>Son verre comme un saint-ciboire.</div><div style="margin:10px 0">Alors, sa pauvre face exsangue,<br>Prenant un petit ton vermeil,<br>Il disait : « C’est du jus d’ soleil ! »<br>En faisant cliqueter sa langue.</div><div style="margin:10px 0">« Ah ! c’est ça qui donn’ de l’organe !<br>À présent, j’ chant’rais jusqu’à d’main.<br>Mais non, faut que j’renfil’ mon ch’min,<br>Sur trois jamb’s, en comptant ma canne ! »</div><div style="margin:10px 0">Dans son vaste mouchoir, le même,<br>Il nouait serré son argent,<br>Grognait : « J’ m’ennuie en voyageant,<br>J’ demeur’ loin, et ça fait si blême !</div><div style="margin:10px 0">Où q’ ya l’ paquet ? j’ vous prends un’ chique,<br>Ça m’ ravigot’ra l’estomac ! »<br>Il partait, mâchant son tabac,<br>En chantant un fredon bachique.</div><div style="margin:10px 0">Un beau jour, je priai mon homme<br>De me raconter sa façon<br>De pêche. « À vous qu’ êt’ bon garçon,<br>Fit-il, j’ vas vous dir’ ça tout comme :</div><div style="margin:10px 0">Et d’abord, le mond’ d’ordinaire<br>Font d’ l’écrevisse un poisson... bah !<br>De c’te rac’ là, ça n’en est pas,<br>Pas plus q’ moi d’ cell’ des millionnaires !</div><div style="margin:10px 0">L’écreviss’, par sa têt’, sa queue,<br>Ses yeux sortis, ses poils tout droits,<br>L’ glissant d’ ses patt’, l’ serrant d’ ses doigts,<br>Par sa peau dure, noire et bleue,</div><div style="margin:10px 0">Sauf qu’elle aim’ l’eau, c’est un insecte<br>Qui r’semb’ à ceux qu’on voit dans l’ corps<br>Des crapauds et des lézards morts.<br>Ah ! c’est amateur de c’ qu’ infecte !</div><div style="margin:10px 0">Eh ben ! pourtant, moi, qui la pêche,<br>J’ peux m’en vanter, l’ mieux du canton,<br>J’ me sers jamais d’ têt’ de mouton,<br>Qu’ell’ soit pourrie ou qu’ell’ soit fraîche.</div><div style="margin:10px 0">Avec ça faut un tas d’affaires,<br>D’ la ficell’, des engins d’ cordier,<br>Et des sous ? quand il faut payer,<br>C’est rar’ chez un qui n’en a guères.</div><div style="margin:10px 0">Vous allez voir ! j’ vas en rapines,<br>Et j’ me coup’ dans quéq’ bon buisson<br>Un fagot, un vrai hérisson<br>Si tell’ment qu’il a des épines !</div><div style="margin:10px 0">Partout, j’y mets d’ la peau d’ grenouille,<br>À l’eau j’ le jette, et puis ça yest !<br>Laissez fair’ ! je n’ suis pas inquiet :<br>J’ sais que j’ reviendrai pas bredouille.</div><div style="margin:10px 0">Mais, c’est d’un travail qu’ est pas mince ;<br>Aussi vrai que j’ m’appell’ Romain,<br>L’ meilleur, c’est d’ pêcher à la main.<br>Dam’ ! faut s’ méfier ! pac’ que ça pince.</div><div style="margin:10px 0">D’ailleurs, moi, j’ai fait l’ sacrifice<br>D’ mes dix doigts. Les morsur’ qu’i’s ont<br>C’est peu d’ chos’ ! Oui ! mais, pac’ qu’i’ sont<br>Aussi malins q’ les écrevisses.</div><div style="margin:10px 0">En douceur, j’ les surprends, j’ les d’vine,<br>J’ sais où qu’a s’ tienn’, les joints d’ rocher,<br>Les renfoncis où j’ dois chercher,<br>Et l’habitud’ rend la main fine,</div><div style="margin:10px 0">Aut’fois, est-c’pas ?— i’ faut qu’on s’ forme !<br>— J’ n’y voyais pas clair par les doigts,<br>J’ prenais des serpents — oh ! q’ c’est froid !<br>— Ma main r’connaissait pas une forme.</div><div style="margin:10px 0">Oui ! mais à présent, l’ Diab’ me rompe !<br>Mes doigts ont des yeux pas berlus,<br>J’ les serr’ sur l’écreviss’, pas plus !<br>Et n’ya pas d’ danger que j’ me trompe.</div><div style="margin:10px 0">Qui q’ ça fait q’ j’aye un’ jamb’ trop basse ?<br>Au contrair’, j’ai moins à m’ courber,<br>Et, quand i’ m’arriv’ de tomber,<br>Les rochers m’ connais’ : i’ m’ ramassent.</div><div style="margin:10px 0">Et puis, voulez-vous que j’ vous dise ?<br>J’ s’rais pas infirm’, ça s’rait l’ mêm’ jeu ;<br>Je m’ plais trop dans c’ qu’a fait l’ bon Dieu,<br>Y flâner, c’est ma gourmandise ! »</div><div style="margin:10px 0">Âme inculte, mais nuancée,<br>Cœur de soleil et de brouillard,<br>Errant poète du regard,<br>De l’oreille et de la pensée,</div><div style="margin:10px 0">Il les comprenait suivant l’heure<br>Les paysages qu’il vivait,<br>Et, dans la nature, il savait<br>Ce qui parle, rit, chante ou pleure.</div><div style="margin:10px 0">Au fond de leurs gorges désertes<br>Il aimait ses ruisseaux obscurs<br>Qui glougloutaient, pierreux et purs,<br>Sous des arceaux de branches vertes.</div><div style="margin:10px 0">Leur mystère était son royaume<br>Par lui si tendrement hanté<br>Qu’il avait l’air en vérité<br>D’en être l’âme et le fantôme.</div><div style="margin:10px 0">À présent, il dort sous les saules.<br>Ce coteau, tant de fois grimpé,<br>Dans une boîte à pan coupé,<br>Il l’a gravi sur des épaules.</div><div style="margin:10px 0">Et, tous mes regrets sur sa tombe<br>Offrent un hommage fervent<br>Au pauvre être que, si souvent,<br>J’évoque, lorsque la nuit tombe.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3578" data-title="Le Pêcheur d'écrevisses de Maurice Rollinat" data-description="Nez plat, grosse bouche en fer d’âne, Et, sous les pommettes deux creux Dans un long visage cireux, Tout en menton et tout en crâne ; Glabre, sec et la peau ridée ; Un petit œil vif et louchon ; Une jambe en tire-bouchon, L’autre racornie..."></div> </div> </div>
cadre en ligne (trait simple)
cadre en ligne interrompue (ligne coupée)
cadre en points de suspension (cadre en pointillés)
cadre en ligne double
cadre en ligne cannelée
cadre avec ligne en relief
cadre baissé
cadre élevé
sans cadre
bleu
vert
rouge
pourpré
azuré
doré
argenté
noir