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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3569" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Miracle</strong></div><div style="margin:10px 0">Sous la pluvieuse lumière,<br>Dans l’air si glacé, la chaumière,</div><div style="margin:10px 0">Non loin d’un marais insalubre,<br>Est lamentablement lugubre.</div><div style="margin:10px 0">Au-dedans, c’est tant de misère<br>Que d’y penser le cœur se serre !</div><div style="margin:10px 0">De chaque solive minée,<br>Du grand trou de la cheminée</div><div style="margin:10px 0">Dont le foyer large est tout vide,<br>Le froid tombe en un jour livide ;</div><div style="margin:10px 0">Et la bise a l’entrée aisée<br>Par la porte et par la croisée.</div><div style="margin:10px 0">Or, dans ce logis où la fièvre<br>Allume l’œil, verdit la lèvre,</div><div style="margin:10px 0">Et fait sonner la toux qui racle,<br>Il va s’accomplir un miracle :</div><div style="margin:10px 0">La femme est accroupie à l’angle<br>Du mur, près d’un vieux lit de sangle.</div><div style="margin:10px 0">Stupéfaite, elle est là qui lorgne<br>Sa petite fenêtre borgne,</div><div style="margin:10px 0">Puis, machinale, elle emmitoufle<br>Son nourrisson presque sans souffle.</div><div style="margin:10px 0">Trois petiots ayant triste mine<br>Rampent comme de la vermine</div><div style="margin:10px 0">Sur une mauvaise paillasse<br>Dans un coin d’ombre où ça brouillasse.</div><div style="margin:10px 0">Et la malheureuse sanglote<br>Et dit d’une voix qui grelotte,</div><div style="margin:10px 0">Comme se parlant dans le songe<br>Où la réalité la plonge :</div><div style="margin:10px 0">« Au moulin je suis retournée...<br>On m’a refusé la fournée.</div><div style="margin:10px 0">Plus de pain ! a-t-elle été courte<br>Malgré mes jeûnes, cette tourte !</div><div style="margin:10px 0">Et plus de lait dans ma mamelle<br>Pour nourrir l’enfant ! tout s’en mêle. »</div><div style="margin:10px 0">Elle pense, elle se consulte,<br>Délibère. Rien n’en résulte,</div><div style="margin:10px 0">Sinon qu’elle voit plus affreuse<br>Sa détresse qu’elle recreuse.</div><div style="margin:10px 0">À la fin, pour la mort elle opte,<br>Et voici le plan qu’elle adopte :</div><div style="margin:10px 0">« Oui, son sort n’étant résoluble<br>Qu’ainsi, ce soir elle s’affuble</div><div style="margin:10px 0">De sa capote berrichonne,<br>Complètement s’encapuchonne,</div><div style="margin:10px 0">Alors, sa petite famille<br>Dans les bras, vers l’étang qui brille</div><div style="margin:10px 0">Elle s’en va, s’avance jusque<br>Au bord, et puis, un plongeon brusque !... »</div><div style="margin:10px 0">Mais, vite, sa raison s’adresse<br>Aux scrupules de sa tendresse.</div><div style="margin:10px 0">« Tes enfants ? c’est plus que ton âme ;<br>Tu les aimes trop, pauvre femme !</div><div style="margin:10px 0">T’ont-ils donc demandé de naître<br>Tes petits, pour leur ôter l’être ?</div><div style="margin:10px 0">Même privés de subsistance<br>Ils ont le droit à l’existence.</div><div style="margin:10px 0">D’ailleurs, aurais-tu le courage<br>D’accomplir un pareil ouvrage ?</div><div style="margin:10px 0">Vois-tu tes douleurs et tes hontes,<br>Quand il faudrait rendre des comptes</div><div style="margin:10px 0">Au père qu’à toutes les heures<br>Avec tant de regret tu pleures ? »</div><div style="margin:10px 0">Elle maudit l’horrible idée<br>Qui l’avait d’abord obsédée.</div><div style="margin:10px 0">Mais la souffrance lui confisque<br>Son reste de force ! elle risque</div><div style="margin:10px 0">De se consumer tant, qu’elle aille<br>Trop mal, pour soigner sa marmaille,</div><div style="margin:10px 0">Mendier ? mais, bien loin, sous le givre,<br>Les enfants ne pourraient la suivre.</div><div style="margin:10px 0">Et personne de connaissance<br>Pour les garder en son absence !</div><div style="margin:10px 0">« Que faire ? si pour eux je vole...<br>La prison ! j’en deviendrais folle,</div><div style="margin:10px 0">Puisqu’elle me serait ravie<br>Leur présence qui fait ma vie. »</div><div style="margin:10px 0">Elle songe, et son corps en tremble...<br>« Oh ! si nous mourions tous ensemble,</div><div style="margin:10px 0">Eux si malades, moi si frêle,<br>De la bonne mort naturelle ! »</div><div style="margin:10px 0">Et voilà qu’elle est exaucée<br>La prière de sa pensée :</div><div style="margin:10px 0">Car, soudain, les trois petits pâles<br>Poussent à l’unisson trois râles.</div><div style="margin:10px 0">Elle aussi le trépas la touche<br>À l’instant même où sur sa bouche</div><div style="margin:10px 0">Son nourrisson expire, en sorte<br>Qu’elle le baise en étant morte,</div><div style="margin:10px 0">Tandis que, vers eux étendues,<br>Ses deux maigres mains de statue,</div><div style="margin:10px 0">Couleur des cierges funéraires,<br>Semblent bénir les petits frères.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3569" data-title="Le Miracle de Maurice Rollinat" data-description="Sous la pluvieuse lumière, Dans l’air si glacé, la chaumière, Non loin d’un marais insalubre, Est lamentablement lugubre. Au-dedans, c’est tant de misère Que d’y penser le cœur se serre ! De chaque solive minée, Du grand trou de l..."></div> </div> </div>
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