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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3556" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Lutin</strong></div><div style="margin:10px 0">Par un soir d’hiver triste et bien de circonstance,<br>Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux,<br>En ces termes, devant le plus claquant des feux,<br>Raconta le Lutin nié par l’assistance :</div><div style="margin:10px 0"> C’est pas à vous autr’, c’est certain !<br>Fit-il, parlant d’une manière<br>À la fois nette et singulière <br>Qu’apparaîtra jamais l’Lutin !</div><div style="margin:10px 0"> Pour ça, chez eux, par monts, par vaux,<br> Partageant leur travail, leur trêve,<br> Témoin d’leur sommeil et d’leur rêve,<br> Faut tout l’temps vivre avec les ch’vaux !</div><div style="margin:10px 0"> C’malin cavalier des Enfers<br> R’cherche l’ravineux d’un’ prairie,<br> L’retiré d’un’ vieille écurie,<br> Un’ nuit lourde avec des éclairs.</div><div style="margin:10px 0"> Moi, si j’ai pu l’voir de mon coin<br> Comme j’vous vois d’vant c’te ch’minée,<br> C’est qu’ tout’ les nuits, plus d’une année,<br> Près d’mes bêt’ j’ai couché dans l’foin.</div><div style="margin:10px 0"> Voici, soupira l’étranger,<br> Articulant presque à voix basse,<br> C’que dans une écurie y s’passe<br> Quand c’démon-là vient s’y loger.</div><div style="margin:10px 0"> C’est la plein’ nuit ! L’ciel orageux,<br> Qui brouille encor sa mauvais’ lune,<br> N’jette aux carreaux qu’un’ lumièr’ brune<br> Comm’ cell’ des fonds marécageux.</div><div style="margin:10px 0"> Vous êt’s là tout seul contr’ vos ch’vaux<br> Qui dress’ en fac’ de la mangeoire<br> Leur grand’ form’ rougeâtr’, blanche et noire,<br> L’jarret coudé sur leurs sabots.</div><div style="margin:10px 0"> Des fois, des tap’ments d’pieds mordant<br> L’pavé sec du bout d’leur ferraille,<br> L’broiement du foin, d’l’herbe ou d’la paille<br> Sous la meule égale des dents.</div><div style="margin:10px 0"> Mais, c’est si pareill’ment pareil,<br> Si toujours tout l’temps la mêm’ chose<br> Qu’au lieu d’vous fatiguer ça r’pose,<br> Ça berc’ l’ennui, l’songe et l’sommeil.</div><div style="margin:10px 0"> À part ça, tout s’tait dans la nuit...<br> L’vrai silence des araignées<br> Qui, bien qu’toujours embesognées,<br> Trouv’ moyen d’travailler sans bruit.</div><div style="margin:10px 0"> Là donc, au-d’sus — autour de vous,<br> Vous r’gardez leurs longu’ toil’ qui pendent...<br> À pein’ si vos oreill’ entendent<br> L’tonnerre au loin, grondant très doux.</div><div style="margin:10px 0"> Subit’ment, sans qu’ça s’soit trahi<br> Par quéqu’ chos’ qui craque ou qui sonne<br> Entr’ le Lutin !... un’ p’tit’ personne,<br> Qui pousse un rir’ bref... Hi-hi-hi !</div><div style="margin:10px 0"> Rien n’s’ouvre au moment qu’i’ paraît :<br> F’nêtr’, port’, plafond, rien n’se déferme,<br> Comm’ si l’vent qu’en apport’rait l’germe<br> L’engendrait là d’un coup d’secret.</div><div style="margin:10px 0"> Mais, sitôt entré, qu’ça descend<br> Dans l’écurie une vapeur rouge,<br> Où peureus’ment les chos’ qui bougent<br> Ont l’air de trembler dans du sang.</div><div style="margin:10px 0"> C’est tout nabot — v’lu comme un chien<br> Et d’une paraissanc’ pas obscure,<br> Puisqu’on n’perd rien d’sa p’tit’ figure<br> Qu’est censément fac’ de chrétien.</div><div style="margin:10px 0"> Toujours, avec son rir’ de vieux,<br> Il rôde avant de s’mettre à l’œuvre,<br> Dressant deux cornes en couleuvre<br> Qui r’luis’ aux flamm’ de ses p’tits yeux.</div><div style="margin:10px 0"> Brusque, en l’air vous l’voyez marcher...<br> Sans aile il y vol’ comme un’ chouette...<br> S’tient sus l’vide après chaqu’ pirouette<br> Comm’ s’i’ r’tombait sur un plancher.</div><div style="margin:10px 0"> Et le Lutin fait ses sabbats,<br> Faut qu’i’ r’gard’ tout, qu’i’ sent’, qu’i’ touche,<br> Court les murs avec ses pieds d’mouche,<br> Glisse au plafond la tête en bas.</div><div style="margin:10px 0"> Maint’nant, au travail ! Comme un fou<br> Vers les ch’vaux le voilà qui file,<br> À tous leur nouant à la file<br> Les poils de la tête et du cou.</div><div style="margin:10px 0"> Dans ces crins tordus et vrillés<br> Va comme un éclair sa main grêle,<br> Dans chaqu’ crinière qu’il emmêle<br> Il se façonn’ des étriers.</div><div style="margin:10px 0"> Puis, tel que ceux du genre humain,<br> L’une après l’autre, i’ mont’ chaqu’ bête,<br> À ch’val sur l’cou — tout près d’la tête,<br> En t’nant un’ oreill’ de chaqu’ main.</div><div style="margin:10px 0"> Alors, i’s’fait un’ grand’ clarté<br> Au milieu de c’te lumièr’ trouble...<br> L’mauvais rir’ du Lutin redouble,<br> Et ça rit de tous les côtés.</div><div style="margin:10px 0"> Son rir’ parle — on l’entend glapir :<br> « Hop ! hop ! » Les ch’vaux galop’ sur place,<br> Mais roid’ comm’ s’ils étaient en glace<br> Et sans autr’ bruit qu’un grand soupir.</div><div style="margin:10px 0"> Et tandis qu’une à une, alors,<br> Leurs gross’ larm’ lourdement s’égrènent...<br> On voit — les sueurs vous en prennent —<br> Danser ces ch’vaux qui paraiss’nt morts.</div><div style="margin:10px 0"> Puis, comm’ c’était v’nu ça s’en va.<br> L’écurie en mêm’ temps s’rassure :<br> Tout’ la ch’valin’ remâche en m’sure<br> Et r’cogn’ du pied sur l’caillou plat.</div><div style="margin:10px 0"> La s’cond’ fois vous n’êt’s que tremblant...<br> Mais la premier’, quell’ rude épreuve !...<br> Moi, ça m’en a vieilli... La preuve ?...<br> Ma voix basse et mes ch’veux tout blancs !</div><div style="margin:10px 0">Ce récit bonhomique et simple en sa féerie<br>Ne laissa pourtant pas que de jeter un froid ;<br>Tous, avec un frisson, gagnèrent leur chez soi...<br>Nul ne fit, ce soir-là, sa ronde à l’écurie !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3556" data-title="Le Lutin de Maurice Rollinat" data-description="Par un soir d’hiver triste et bien de circonstance, Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux, En ces termes, devant le plus claquant des feux, Raconta le Lutin nié par l’assistance : C’est pas à vous autr’, c’est certain ! ..."></div> </div> </div>
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