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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3508" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le Boucher</strong></div><div style="margin:10px 0">Tiens ? t’es donc plus boucher ? dit la vieille au gros homme<br> Qui venait de vendre son fonds,<br>Et lui répondit grave, avec un air profond :<br> « Non ! et j’vas vous raconter comme :</div><div style="margin:10px 0"> Ah ! l’ métier était bon ! Mes viandes ?<br> Vous savez si ça s’débitait !<br> Tell’ment partout on m’réputait<br> Que j’pouvais pas fournir aux d’mandes.</div><div style="margin:10px 0"> C’est moi-mêm’ qu’abattais les bêtes<br> Promis’ aux crochets d’mon étal,<br> Et j’vous crevais comme un brutal<br> Les cous, les poitrails et les têtes.</div><div style="margin:10px 0"> Si j’suis si gros, q’ça m’gên’ quand j’bouge,<br> Si j’ai l’teint si frais, l’corps si gras,<br> C’est q’par le nez, la bouch’, les bras,<br> Tout l’temps j’pompais vif du sang rouge.</div><div style="margin:10px 0"> L’animal ? c’est pas un’ personne...<br> Que j’me disais ! Pour moi, l’bestiau<br> C’était qu’un’ chos’, j’trouvais idiot<br> D’croir’ que ça rêv’ ou q’ça raisonne.</div><div style="margin:10px 0"> Si ça qui grogn’, qui bêl’, qui beugle,<br> À l’abattoir s’tenait pas bien,<br> J’cognais d’sus, ça n’me faisait rien :<br> J’leur étais aussi sourd qu’aveugle.</div><div style="margin:10px 0"> D’un coup d’maillet bien à ma pogne<br> J’défonçais l’crâne d’un vieux bœuf<br> Comme on cass’ la coquill’ d’un œuf,<br> Et j’fredonnais pendant ma b’sogne.</div><div style="margin:10px 0"> À ceux qui, lorsque l’couteau rentre,<br> S’lamentaient sur l’ouaill’ ou l’cochon,<br> J’criais : « Ça s’rait plus folichon<br> D’en avoir un morceau dans l’ventre ! »</div><div style="margin:10px 0"> Et dans l’trou plein d’sanglante écume<br> Se r’tournait, creusait mon surin,<br> Tel qu’un piquet dans un terrain<br> Où q’l’on veut planter d’la légume.</div><div style="margin:10px 0"> J’étais ben boucher par nature !<br> Dam’ ! Le coup d’mass’ ? ça m’connaissait ;<br> Et quand mon vieux couteau dép’çait<br> I’ savait trouver la jointure.</div><div style="margin:10px 0"> Oui ! j’avais la main réussie<br> Pour mettre un bœuf en quatr’ morceaux ;<br> Vit’ se rompaient les plus gros os<br> Ousque j’faisais grincer ma scie.</div><div style="margin:10px 0"> Pour détailler d’la viand’ qui caille<br> J’aurais pas craint les plus adroits :<br> Tous mes coups d’coup’ret, toujours droits,<br> R’tombaient dans la première entaille.</div><div style="margin:10px 0"> Jusqu’à c’beau jour d’ensorcell’rie<br> Où v’allez savoir c’qui m’advint,<br> Je m’saoulais d’sang tout comm’ de vin<br> Et j’m’acharnais à la tuerie.</div><div style="margin:10px 0"> Donc, un’ fois, on m’amène un’ vache<br> Ben qu’âgée encor forte en lait,<br> Noire et blanche, et voilà qu’em’ plaît,<br> Que j’la conserve et que j m’yattache.</div><div style="margin:10px 0"> J’la soignais si tell’ment la vieille<br> Que m’voir la faisait s’déranger<br> D’ses song’ et mêm’ de son manger,<br> Qu’elle en dod’linait des oreilles ;</div><div style="margin:10px 0"> Quand em’rencontrait, tout’ follette,<br> Ben vite, elle obliquait d’son ch’min<br> Pour venir me râper la main<br> Avec sa lang’ bleue et violette ;</div><div style="margin:10px 0"> Mes aut’ vach’ en étaient jalouses<br> Lorsque mes ongl’ y grattaient l’flanc<br> Ou qu’ent’ ses corn’ noir’ au bout blanc<br> J’y chatouillais l’front sur les p’louses.</div><div style="margin:10px 0"> Mais un jour, un’ mauvaise affaire<br> Veut qu’ell’ tombe, y voyant pas fin,<br> À pic, sus l’talus d’un ravin,<br> Et qu’es’ casse un’ patt’ ! Quoi en faire ?...</div><div style="margin:10px 0"> Ell’ pouvait ben marcher sur quatre<br> Mais sur trois... yavait plus moyen !<br> Mêm’ pour elle, il le fallait ben ;<br> Ell’ souffrait : valait mieux l’abattre !</div><div style="margin:10px 0"> Pour vous en finir, je l’emmène...<br> J’avais renvoyé ceux d’chez nous.<br> Mais, v’là qu’ell’ tomb’ sur les deux g’noux,<br> Avec des yeux d’figure humaine.</div><div style="margin:10px 0"> Bon Dieu ! j’prends mon maillet sur l’heure,<br> J’vis’ mon coup, et j’allais l’lâcher...<br> Quand j’vois la vach’ qui vient m’lécher<br> En mêm’ temps q’ses deux gros yeux pleurent.</div><div style="margin:10px 0"> L’maillet fut bentôt sur la table,<br> J’app’lai tous mes gens et j’leur dis :<br> Faut pas la tuer ! j’serions maudits !<br> Et j’fus la r’conduire à l’étable.</div><div style="margin:10px 0"> La vache ? un r’bou’teux l’a guérie.<br> À la maison j’yai fait un sort,<br> Elle y mourra de sa bonn’ mort,<br> Et, moi, j’f’rai plus jamais d’bouch’rie. »</div><div style="margin:10px 0"> — La vieille dit : « Vlà c’que ça prouve :<br> C’est q’chez l’âm’ des plus cruell’ gens,<br> Dans les métiers les plus méchants,<br> Tôt ou tard la pitié se r’trouve.</div><div style="margin:10px 0"> Crois-moi ! c’te chos’ ? tu n’l’as pas vue,<br> Quand mêm’ que tu peux l’certifier.<br> C’est ton bon cœur qui fut l’sorcier,<br> C’est lui qui t’donna la berlue.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3508" data-title="Le Boucher de Maurice Rollinat" data-description="Tiens ? t’es donc plus boucher ? dit la vieille au gros homme Qui venait de vendre son fonds, Et lui répondit grave, avec un air profond : « Non ! et j’vas vous raconter comme : Ah ! l’ métier était bon ! Mes viandes ? Vous savez si..."></div> </div> </div>
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