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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3498" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>L'Ancien Soldat</strong></div><div style="margin:10px 0">Indépendant d’instinct, d’esprit, d’âme et de fibre<br>Et rendu toujours plus jugeur sain, penseur libre,<br>Par son métier rôdant de pêcheur-braconnier,<br>Le vieil ancien soldat, franc comme son visage,<br>Évoquait devant moi ce souvenir guerrier<br>Qu’il concluait ainsi de façon simple et sage :</div><div style="margin:10px 0">« Des marécag’ de sang qui s’ fige et qui s’ grumelle<br>Où q’ l’on voit dans des coins, noirs comm’ du jus d’ fumier,<br>Avec des bouts d’entraill’ et des éclats d’ cervelle,<br>Des cadav’ en morceaux et d’autr’ dans leur entier ;</div><div style="margin:10px 0">Chefs, soldats, jeun’s et vieux, les géants, les minimes,<br>Tous en figur’ de cire et barbouillés d’ caillots ;<br>Des Turcos s’ finissant qui grincent comm’ des limes,<br>Montrant leur ventr’ qui bâille en perdant ses boyaux ;</div><div style="margin:10px 0">Corps d’hussards ench’vêtrés à des cadav’ de zouaves ;<br>Des pêl’-mêl’ d’homm’ et d’arm’, de bagag’ et d’ fourgons ;<br>D’ la ch’valin’ roug’ de sang et tout’ mousseus’ de bave,<br>S’ plaignant, par tas serrés, sous des meul’ de dragons ;</div><div style="margin:10px 0">Des cous d’ décapités qui pench’ leur moignon rouge<br>Sur des énorm’ boulots qu’ont l’air de les railler ;<br>Des mulets ruant encor sur des blessés qui bougent<br>En v’lant prendre au hasard des morts pour oreiller ;</div><div style="margin:10px 0">Casques pleins d’ terre et d’ sang, de ch’veux et d’ morceaux d’ crâne ;<br>Tambours crevés, clairons tordus comm’ des serpents ;<br>Des mourants qui font peur malgré qu’i’s ont l’air crâne<br>Avec les doigts coupés, l’œil vid’, la cuiss’ qui pend ;</div><div style="margin:10px 0">Sous des gross’ mouch’ de viand’ qui s’appell’ et s’ rassemblent,<br>Verminant leur voltige à tourbillons mêlés,<br>Des grands monceaux qui r’muent, qui s’ soulèv’, qui tremblent,<br>D’où sort des voix d’ cavern’, des gémiss’ments râlés :</div><div style="margin:10px 0">V’la c’ que j’ai toujours vu sur tous les champs d’ bataille !<br>Sans parler d’ la puanteur qui m’en donne encor froid...<br>Et des band’ de corbeaux qui s’ gorgent les entrailles<br>De tout c’ mond’ pourrissant par le capric’ des rois.</div><div style="margin:10px 0"> Pour qui réfléchit, sans la politique,<br> Avec son cœur et sa raison,<br> Au nom d’ la conscienc’ qui n’ pratique<br> Q’ la bonn’ justice en tout’ saison,</div><div style="margin:10px 0">L’ pourquoi d’ la guerre, allez ! c’est un sacré problème.<br> Ces gens là m’en veul’t’-i’ ? Null’ment.<br> Moi j’ leur en veux pas pareill’ment :<br> Ça n’ fait rien ! on doit s’ batt’ quand même.</div><div style="margin:10px 0">J’ m’ai dit : « D’où q’ vienn’ l’attaq’ ? la v’là ! faut ben s’ défendre.<br>Mais, toujours en avant j’ai marché sans comprendre.<br>J’ai fait mon d’voir, soumis aux chefs comme au danger ;<br>Tel qu’on l’ faisait cont’ moi, j’ai tiré, j’ai chargé ;<br>D’ mes yeux clairs, dans c’ temps-là, qu’avaient la voyanc’ nette,<br>À ceux homm’ étrangers j’ leur ai pointé l’ trépas.<br>Mais, j’ m’excusais d’ mes meurt’ en r’grettant d’avoir pas<br>Au droit d’ mon coup d’ fusil, face à ma baïonnette,<br>En plac’ de ceux victim’ innocent’, tous les m’neurs<br>Coupab’ d’occasionner d’aussi sanglant’s horreurs,<br>Seuls auteurs responsab’ si des milliers d’ pauv’s êtres<br>D’ loin ou d’ près, corps à corps, s’assassin’ sans s’ connaître,<br>Tandis qu’eux aut’s, la caus’ de tant d’ massac’ et d’ morts,<br>Meur’ dans leur lit sans mal, et, qui sait ? p’t-êt’ sans r’mords !</div><div style="margin:10px 0"> Par tous les parents, dans tous les pays,<br> La guerre est maudite autant que j’ l’ haïs.<br>Consultez donc les sœurs, les épouses, les mères,<br> Et vous verrez q’yaura plus d’ guerres.<br>Ou, si c’est vrai q’ les homm’ peuv’ pas s’en empêcher,<br>Q’ les bataill’ sont pour eux un besoin d’ leur engeance,<br>Qu’i’s élèv’ leur famill’, froid’ment, sans s’y attacher,<br>Puisqu’au carnag’ la fleur en est promis’ d’avance !</div><div style="margin:10px 0"> Mais, ça n’ m’est pas prouvé du tout<br>Q’ les gens civilisés s’ batt’ pa’c’que c’est d’ leur goût,<br>Pour voler chez l’ voisin ou par c’te drôl’ d’idée<br>Q’ l’humanité pouss’ trop, q’ faut qu’ell’ soit émondée,<br>Maint’nue en équilib’, juste ent’ le trop et l’ guère,<br> Par les sécateurs de la guerre.<br>Comm’ si, pour tous les homm’, sur terr’ y avait pas d’ quoi<br> Aller et v’nir, s’ bâtir un toit,<br> Boire et manger à son envie ;<br> Comm’ si, les défunts balançant<br> Toujours à peu près les naissants,<br>La mort tout’ naturell’ ne m’surait pas la vie.</div><div style="margin:10px 0"> J’ croirais plutôt, depuis des siècl’ déjà<br> Où tant d’ mond’ partout s’égorgea,<br>Q’ les gens pris un par un qu’on s’rait v’nu consulter<br>Auraient dit : « J’ veux la paix ! » sans trop longtemps s’ tâter,<br>Et q’ chacun dans leurs plain’, dans leurs montagn’, leurs îles,<br>Les peupl’ n’auraient d’mandé qu’à rester ben tranquilles.</div><div style="margin:10px 0"> C’est beau d’ mourir pour la patrie !<br> Mais ça c’ s’rait plus beau, ces tueries<br>Un’ bonn’ fois faisant place à la fraternité,<br> D’ mourir pour tout’ l’humanité,<br>Tué, non par ses semblab’, mais par l’hasard des choses<br>Qui s’ dout’ pas, ell’ au moins, des morts dont ell’ sont cause !<br>Allons ! j’ souhait’ qu’enfin libr’ et ben à l’unisson,<br>D’ l’un à l’aut’, tous les peupl’ pens’ comm’ moi cont’ la guerre,<br>Qu’en fait d’ coup’, de massacr’ et d’ gis’ments sur la terre<br>I’ n’yait plus q’ ceux des foins, des arb’ et des moissons !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3498" data-title="L'Ancien Soldat de Maurice Rollinat" data-description="Indépendant d’instinct, d’esprit, d’âme et de fibre Et rendu toujours plus jugeur sain, penseur libre, Par son métier rôdant de pêcheur-braconnier, Le vieil ancien soldat, franc comme son visage, Évoquait devant moi ce souvenir guerrie..."></div> </div> </div>
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