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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3494" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>L'Amante macabre</strong></div><div style="margin:10px 0">Elle était toute nue assise au clavecin ;<br>Et tandis qu’au dehors hurlaient les vents farouches<br>Et que Minuit sonnait comme un vague tocsin,<br>Ses doigts cadavéreux voltigeaient sur les touches.</div><div style="margin:10px 0">Une pâle veilleuse éclairait tristement<br>La chambre où se passait cette scène tragique,<br>Et parfois j’entendais un sourd gémissement<br>Se mêler aux accords de l’instrument magique.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! magique en effet ! Car il semblait parler<br>Avec les mille voix d’une immense harmonie,<br>Si large qu’on eût dit qu’elle devait couler<br>D’une mer musicale et pleine de génie.</div><div style="margin:10px 0">Ma spectrale adorée, atteinte par la mort,<br>Jouait donc devant moi, livide et violette,<br>Et ses cheveux si longs, plus noirs que le remord,<br>Retombaient mollement sur son vivant squelette.</div><div style="margin:10px 0">Osseuse nudité chaste dans sa maigreur !<br>Beauté de poitrinaire aussi triste qu’ardente !<br>Elle voulait jeter, cet ange de l’Horreur,<br>Un suprême sanglot dans un suprême andante.</div><div style="margin:10px 0">Auprès d’elle une bière en acajou sculpté,<br>Boîte mince attendant une morte fluette,<br>Ouvrait sa gueule oblongue avec avidité<br>Et semblait l’appeler avec sa voix muette.</div><div style="margin:10px 0">Sans doute, elle entendait cet appel ténébreux<br>Qui montait du cercueil digne d’un sanctuaire,<br>Puisqu’elle y répondit par un chant douloureux<br>Sinistre et résigné comme un oui mortuaire !</div><div style="margin:10px 0">Elle chantait : « Je sors des bras de mon amant.<br>« Je l’ai presque tué sous mon baiser féroce ;<br>« Et toute bleue encor de son enlacement,<br>« J’accompagne mon râle avec un air atroce !</div><div style="margin:10px 0">« Depuis longtemps, j’avais acheté mon cercueil :<br>« Enfin ! Avant une heure, il aura mon cadavre ;<br>« La Vie est un vaisseau dont le Mal est l’écueil,<br>« Et pour les torturés la Mort est un doux havre.</div><div style="margin:10px 0">« Mon corps sec et chétif vivait de volupté :<br>« Maintenant, il en meurt, affreusement phtisique ;<br>« Mais, jusqu’au bout, mon cœur boira l’étrangeté<br>« Dans ces gouffres nommés Poésie et Musique.</div><div style="margin:10px 0">« Vous que j’ai tant aimés, hommes, je vous maudis !<br>« À vous l’angoisse amère et le creusant marasme !<br>« Adieu, lit de luxure, Enfer et Paradis,<br>« Où toujours la souffrance assassinait mon spasme.</div><div style="margin:10px 0">« Réjouis-toi, Cercueil, lit formidable et pur<br>« Au drap de velours noir taché de larmes blanches,<br>« Car tu vas posséder un cadavre si dur<br>« Qu’il se consumera sans engluer tes planches.</div><div style="margin:10px 0">« Et toi, poète épris du Sombre et du Hideux,<br>« Râle et meurs ! Un ami te mettra dans la bière,<br>« Et sachant notre amour, nous couchera tous deux<br>« Dans le même sépulcre et sous la même pierre.</div><div style="margin:10px 0">« Alors, de chauds désirs inconnus aux défunts<br>« Chatouilleront encor nos carcasses lascives,<br>« Et nous rapprocherons, grisés d’affreux parfums,<br>« Nos orbites sans yeux et nos dents sans gencives ! »</div><div style="margin:10px 0">Et tandis que ce chant de la fatalité<br>Jetait sa mélodie horrible et captivante,<br>Le piano geignait avec tant d’âpreté,<br>Qu’en l’écoutant, Chopin eût frémi d’épouvante.</div><div style="margin:10px 0">Et moi, sur mon lit, blême, écrasé de stupeur,<br>Mort vivant n’ayant plus que les yeux et l’ouïe,<br>Je voyais, j’entendais, hérissé par la Peur,<br>Sans pouvoir dire un mot à cette Ève inouïe.</div><div style="margin:10px 0">Et quand son cœur sentit son dernier battement,<br>Elle vint se coucher dans les planches funèbres ;<br>Et la veilleuse alors s’éteignit brusquement,<br>Et je restai plongé dans de lourdes ténèbres.</div><div style="margin:10px 0">Puis, envertiginé jusqu’à devenir fou,<br>Croyant voir des Satans qui gambadaient en cercle,<br>J’entendis un bruit mat suivi d’un hoquet mou :<br>Elle avait rendu l’âme en mettant son couvercle !</div><div style="margin:10px 0">Et depuis, chaque nuit, ― ô cruel cauchemar ! <br>Quand je grince d’horreur, plus désolé qu’Électre,<br>Dans l’ombre, je revois la morte au nez camard,<br>Qui m’envoie un baiser avec sa main de spectre.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3494" data-title="L'Amante macabre de Maurice Rollinat" data-description="Elle était toute nue assise au clavecin ; Et tandis qu’au dehors hurlaient les vents farouches Et que Minuit sonnait comme un vague tocsin, Ses doigts cadavéreux voltigeaient sur les touches. Une pâle veilleuse éclairait tristement La chamb..."></div> </div> </div>
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