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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3484" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La Vache au taureau</strong></div><div style="margin:10px 0">À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau<br>Baise au bord des marais la tristesse du saule,<br>Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,<br>Conduit par le chemin sa génisse au taureau.</div><div style="margin:10px 0">Compagnonnage errant de placides femelles,<br>Plantureuses Vénus de l’animalité,<br>Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,<br>S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.</div><div style="margin:10px 0">Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,<br>L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,<br>Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques<br>Où la lune projette un rayon de velours.</div><div style="margin:10px 0">Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes<br>Semblent leur dire, émus de cette humble union,<br>Qu’en ce jour c’est la fête et la communion<br>Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.</div><div style="margin:10px 0">Un seul point les sépare, et ce point-là, c’est tout :<br>Séduite un beau matin par le Serpent fait homme,<br>Aux rameaux du Plaisir, Jeanne a cueilli la pomme,<br>Tandis que la génisse est vierge de partout.</div><div style="margin:10px 0">Ses cornes aux bouts noirs, arquant leurs fines pointes,<br>Parent son doux visage ; et d’un air ingénu,<br>Toute neuve, elle apporte à son mâle inconnu<br>Ses lèvres de pucelle hermétiquement jointes.</div><div style="margin:10px 0">Elles s’en vont ainsi le long des églantiers<br>Où l’Aurore a pleuré son déluge de perles,<br>Et le vol des piverts, des margots et des merles<br>Les effleure et les suit par dessus les sentiers.</div><div style="margin:10px 0">Bientôt, sur leur trajet, la brise encore moite<br>Embaume son murmure et chauffe son soupir ;<br>Le lièvre, à travers champs, flâne et vient s’accroupir,<br>Et le ciel resourit à l’eau qui remiroite.</div><div style="margin:10px 0">La vache, en mal d’amour, brame, le cou tendu,<br>Ou flaire les gazons, sans danger qu’elle y morde ;<br>Et la fille, en chantant, la mène par la corde,<br>Ivre et sereine au fond de ce pays perdu.</div><div style="margin:10px 0">Soudain par la venelle où marquent les fers d’âne<br>Et jonchée au milieu de crotte de mouton,<br>On vient à sa rencontre, et vite, Jeanneton<br>Reconnaît le beau gars pour qui son cœur se damne.</div><div style="margin:10px 0">Ils sont rendus. Voici le troupeau des canards<br>Qui plongeonne et s’ébat sur l’étang couleur d’huile,<br>Le coq sur son fumier, le pigeon sur sa tuile,<br>Et les deux chiens grognons, roux comme des renards.</div><div style="margin:10px 0">Tous les fermiers sont là dans la cour du domaine,<br>Depuis l’aïeul joufflu jusqu’au pâtre chafouin ;<br>L’un d’eux fixe aux barreaux d’une voiture à foin<br>La taure qui mugit, s’effare et se démène.</div><div style="margin:10px 0">On fait cercle, on s’installe autour du chariot,<br>Et bientôt le taurin s’avance d’un pas ferme,<br>Laissant choir de la morve et goutteler du germe,<br>Trapu, la tête courte et le pied maigriot.</div><div style="margin:10px 0">Il vient ; sa longue queue, âpre et bien emmanchée,<br>Sur les cuisses, les flancs, et jusque sur les reins<br>Agite en se tordant son panache de crins<br>Où claquent des grumeaux de bouse desséchée.</div><div style="margin:10px 0">Front bourru, mal corné, les yeux sanglants et fous,<br>Il bouffe devant lui comme un soufflet de forge ;<br>Et le fanon ridé qui croule de sa gorge<br>Flotte massivement et lui bat les genoux.</div><div style="margin:10px 0">De sa langue râpeuse, énorme et violette,<br>Il fouille ses naseaux alternativement,<br>Et par un guttural et rauque beuglement<br>Il aborde d’un trait la vache qui halète.</div><div style="margin:10px 0">Alors, ces animaux tremblants et tout émus,<br>Comme pour se conter les ruts qui les harassent,<br>Se hument longuement, se pourlèchent, s’embrassent,<br>Corne à corne, et joignant leurs gros museaux camus.</div><div style="margin:10px 0">Graves et solennels près de cette voiture,<br>Ils ont l’air de comprendre, avec le libre instinct,<br>Qu’ils vont se donner là, sous l’œil blanc du Matin,<br>Le grand baiser d’Amour qui peuple la Nature.</div><div style="margin:10px 0">Enfin, quand il a mis son mufle au bon endroit,<br>Le Brun, aux rayons frais du soleil qui se dore,<br>Renifle dans le vent la senteur qu’il adore<br>Et s’apprête, indécis, boiteux et maladroit.</div><div style="margin:10px 0">Il marche à reculons, il tournoie, il oblique ;<br>Puis, ayant consulté sa récente vigueur,<br>Darde son nerf pointu dans toute sa longueur,<br>Et s’enlève puissant, fauve et mélancolique.</div><div style="margin:10px 0">Mais, déséquilibré sitôt qu’il est debout,<br>Il use, à tâtonner, son ardeur qui succombe :<br>Il se hisse et fléchit, il regrimpe et retombe ;<br>Et pourtant, le taureau n’est pas encore à bout.</div><div style="margin:10px 0">En vain les quolibets pleuvent du petit groupe :<br>Il se recueille en lui pour un nouvel assaut,<br>Il reflaire, il relèche, il se dresse en sursaut,<br>Et voilà qu’il reprend la vache par la croupe.</div><div style="margin:10px 0">Ah bravo ! cette fois, la saillie a porté !<br>Certe, il n’est pas besoin que le veau recommence :<br>Il a, d’un jet suprême, engouffré sa semence<br>Jusque dans le fin fond de la maternité !</div><div style="margin:10px 0">Et tandis que la vache, absolument inerte ;<br>Cuve un ravissement qui ne peut s’exhaler,<br>Le taureau couvre encore, avant de s’en aller,<br>La vierge de vingt mois qu’il a si bien ouverte.</div><div style="margin:10px 0">Or, Jeanne et son galant surveillés par les Vieux,<br>Ayant vu tout cela sans pouvoir rien se dire,<br>Échangent à l’envi les baisers du sourire<br>Et les attouchements des gestes et des yeux ;</div><div style="margin:10px 0">Puis, le désir mouillant leur prunelle flambante,<br>Pleine de longs regards coulés en tapinois,<br>Tous deux ont convenu, par un signal sournois,<br>De se voir aujourd’hui, juste à la nuit tombante.</div><div style="margin:10px 0">Mais, avec le départ du Maître en cheveux blancs,<br>Finit cette humble scène aux acteurs si nature :<br>Chacun s’en va ; le Brun retourne à sa pâture,<br>La génisse, œil mi-clos, suit la fille à pas lents.</div><div style="margin:10px 0">Et Jeanne s’en revient, voluptueuse et rose,<br>En songeant que ce soir, à l’heure des crapauds,<br>Elle, bien moins niaise, et lui, bien plus dispos,<br>Sous la Lune ils feront, tous deux, la même chose.<br></div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3484" data-title="La Vache au taureau de Maurice Rollinat" data-description="À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau Baise au bord des marais la tristesse du saule, Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule, Conduit par le chemin sa génisse au taureau. Compagnonnage errant de placides feme..."></div> </div> </div>
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