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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3432" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La Mare aux grenouilles</strong></div><div style="margin:10px 0">Cette mare, l’hiver, devient inquiétante,<br>Elle s’étale au loin sous le ciel bas et gris,<br>Sorte de poix aqueuse, horrible et clapotante,<br>Où trempent les cheveux des saules rabougris.</div><div style="margin:10px 0">La lande tout autour fourmille de crevasses,<br>L’herbe rare y languit dans des terrains mouvants,<br>D’étranges végétaux s’y convulsent, vivaces,<br>Sous le fouet invisible et féroce des vents ;</div><div style="margin:10px 0">Les animaux transis, que la rafale assiège,<br>Y râlent sur des lits de fange et de verglas,<br>Et les corbeaux — milliers de points noirs sur la neige <br>Les effleurent du bec en croassant leur glas.</div><div style="margin:10px 0">Mais la lande, l’été, comme une tôle ardente,<br>Rutile en ondoyant sous un tel brasier bleu,<br>Que l’arbre, la bergère et la bête rôdante<br>Aspirent dans l’air lourd des effluves de feu.</div><div style="margin:10px 0">Pourtant, jamais la mare aux ajoncs fantastiques<br>Ne tarit. Vert miroir tout encadré de fleurs<br>Et d’un fourmillement de plantes aquatiques,<br>Elle est rasée alors par les merles siffleurs.</div><div style="margin:10px 0">Aux saules, aux gazons que la chaleur tourmente,<br>Elle offre l’éventail de son humidité,<br>Et, riant à l’azur, — limpidité dormante, <br>Elle s’épanouit comme un lac enchanté.</div><div style="margin:10px 0">Or, plus que les brebis, vaguant toutes fluettes<br>Dans la profondeur chaude et claire du lointain,<br>Plus que les papillons, fleurs aux ailes muettes,<br>Qui s’envolent dans l’air au lever du matin,</div><div style="margin:10px 0">Plus que l’Eve des champs, fileuse de quenouilles,<br>Ce qui m’attire alors sur le vallon joyeux,<br>C’est que la grande mare est pleine de grenouilles,<br>— Bon petit peuple vert qui réjouit mes yeux. </div><div style="margin:10px 0">Les unes : père, mère, enfant mâle et femelle,<br>Lasses de l’eau vaseuse à force de plongeons,<br>Par sauts précipités, grouillantes, pêle-mêle,<br>Friandes de soleil, s’élancent hors des joncs ;</div><div style="margin:10px 0">Elles s’en vont au loin s’accroupir sur les pierres,<br>Sur les champignons plats, sur les bosses des troncs,<br>Et clignotent bientôt leurs petites paupières<br>Dans un nimbe endormeur et bleu de moucherons.</div><div style="margin:10px 0">Émeraude vivante au sein des herbes rousses,<br>Chacune luit en paix sous le midi brûlant ;<br>Leur respiration a des lenteurs si douces<br>Qu’à peine on voit bouger leur petit goitre blanc.</div><div style="margin:10px 0">Elles sont là, sans bruit rêvassant par centaines,<br>S’enivrant au soleil de leur sécurité ;<br>Un scarabée errant du bout de ses antennes<br>Fait tressaillir parfois leur immobilité.</div><div style="margin:10px 0">La vipère et l’enfant — deux venins ! — sont pour elles<br>Un plus mortel danger que le pied lourd des bœufs :<br>A leur approche, avec des bonds de sauterelles,<br>Je les vois se ruer à leurs gîtes bourbeux ;</div><div style="margin:10px 0">Les autres que sur l’herbe un bruit laisse éperdues,<br>Ou qui préfèrent l’onde au sol poudreux et dur,<br>A la surface, aux bords, les pattes étendues,<br>Inertes hument l’air, le soleil et l’azur.</div><div style="margin:10px 0">Ces reptiles mignons qui sont, malgré leur forme,<br>Poissons dans les marais, et sur la terre oiseaux,<br>Sautillent à mes pieds, que j’erre ou que je dorme,<br>Sur le bord de l’étang troué par leurs museaux.</div><div style="margin:10px 0">Je suis le familier de ces bêtes peureuses<br>A ce point que, sur l’herbe et dans l’eau, sans émoi,<br>Dans la saison du frai qui les rend langoureuses,<br>Elles viennent s’unir et s’aimer devant moi.</div><div style="margin:10px 0">Et près d’elles, toujours, le mal qui me torture,<br>L’ennui, — sombre veilleur, — dans la mare s’endort ;<br>Et, ravi, je savoure une ode à la nature<br>Dans l’humble fixité de leurs yeux cerclés d’or.</div><div style="margin:10px 0">Et tout rit : ce n’est plus le corbeau qui croasse<br>Son hymne sépulcral aux charognes d’hiver :<br>Sur la lande aujourd’hui la grenouille coasse,<br>— Bruit monotone et gai claquant sous le ciel clair.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3432" data-title="La Mare aux grenouilles de Maurice Rollinat" data-description="Cette mare, l’hiver, devient inquiétante, Elle s’étale au loin sous le ciel bas et gris, Sorte de poix aqueuse, horrible et clapotante, Où trempent les cheveux des saules rabougris. La lande tout autour fourmille de crevasses, L’herbe ra..."></div> </div> </div>
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