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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3375" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La Belle Fromagère</strong></div><div style="margin:10px 0">Par la rue enfiévrante où mes pas inquiets<br>Se traînent au soleil comme au gaz, je voyais<br> Derrière une affreuse vitrine<br>Où s’étalaient du beurre et des fromages gras,<br>Une superbe enfant dont j’admirais les bras<br> Et la plantureuse poitrine.</div><div style="margin:10px 0">Le fait est que jamais fille ne m’empoigna<br>Comme elle, et que jamais mon œil fou ne lorgna<br> De beauté plus affriolante !<br>Un nimbe de jeunesse ardente et de santé<br>Auréolait ce corps frais où la puberté<br> Était encore somnolente.</div><div style="margin:10px 0">Elle allait portant haut dans l’étroit magasin<br>Son casque de cheveux plus noirs que le fusain<br> Et, douce trotteuse en galoches,<br>Furetait d’un air gai dans les coins et recoins,<br>Tandis que les bondons jaunes comme des coings<br> Se liquéfiaient sous les cloches.</div><div style="margin:10px 0">Armés d’un petit fil de laiton, ses doigts vifs<br>Détaillaient prestement des beurres maladifs<br> À des acheteuses blafardes ;<br>Des beurres, qu’on savait d’un rance capiteux,<br>Et qui suaient l’horreur dans leurs linges piteux,<br> Comme un affamé dans ses hardes.</div><div style="margin:10px 0">Quand sa lame entamait Gruyère ou Roquefort,<br>Je la voyais peser sur elle avec effort,<br> Son petit nez frôlant les croûtes,<br>Et rien n’était mignon comme ses jolis doigts<br>Découpant le Marolle infect où, par endroits,<br> La vermine creusait des routes.</div><div style="margin:10px 0">Près de l’humble comptoir où dormaient les gros sous<br>Les Géromés vautrés comme des hommes saouls<br> Coulaient sur leur clayon de paille,<br>Mais si nauséabonds, si pourris, si hideux,<br>Que les mouches battaient des ailes autour d’eux,<br> Sans jamais y faire ripaille.</div><div style="margin:10px 0">Or, elle respirait à son aise, au milieu<br>De cette âcre atmosphère où le Roquefort bleu<br> Suintait près du Chester exsangue ;<br>Dans cet ignoble amas de caillés purulents,<br>Ravie, elle enfonçait ses beaux petits doigts blancs,<br> Qu’elle essuyait d’un coup de langue.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! sa langue ! bijou vivant et purpurin<br>Se pavanant avec un frisson vipérin<br> Tout plein de charme et de hantise !<br>Miraculeux corail humide et velouté<br>Dont le bout si pointu trouait de volupté<br> Ma chair, folle de convoitise !</div><div style="margin:10px 0">Donc, cette fromagère exquise, je l’aimais<br>Je l’aimais au point d’en rêver le viol ! mais,<br> Je me disais que ces miasmes,<br>À la longue, devaient imprégner ce beau corps<br>Et le dégoût, comme un mystérieux recors,<br> Traquait tous mes enthousiasmes.</div><div style="margin:10px 0">Et pourtant, chaque jour, rivés à ses carreaux,<br>Mes deux yeux la buvaient ! en vain les Livarots<br> Soufflaient une odeur pestilente,<br>J’étais là, me grisant de sa vue, et si fou,<br>Qu’en la voyant les mains dans le fromage mou<br> Je la trouvais ensorcelante !</div><div style="margin:10px 0">À la fin, son aveu fleurit dans ses rougeurs ;<br>Pour me dire : « je t’aime » avec ses yeux songeurs,<br> Elle eut tout un petit manège ;<br>Puis elle me sourit ; ses jupons moins tombants<br>Découvrirent un jour des souliers à rubans<br> Et des bas blancs comme la neige.</div><div style="margin:10px 0">Elle aussi me voulait de tout son être ! À moi,<br>Elle osait envoyer des baisers pleins d’émoi,<br> L’emparadisante ingénue,<br>Si bien, qu’après avoir longuement babillé,<br>Par un soir de printemps, je la déshabillai<br> Et vis sa beauté toute nue !</div><div style="margin:10px 0">Sa chevelure alors flotta comme un drapeau,<br>Et c’est avec des yeux qui me léchaient la peau<br> Que la belle me fit l’hommage<br>De sa chair de seize ans, mûre pour le plaisir !<br>Ô saveur ! elle était flambante de désir<br> Et ne sentait pas le fromage !<br></div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poésie de <a href="http://fr.citatepedia.ro/by.php?a=Maurice+Rollinat">Maurice Rollinat</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://fr.citatepedia.ro/comments.php?id=3375" data-title="La Belle Fromagère de Maurice Rollinat" data-description="Par la rue enfiévrante où mes pas inquiets Se traînent au soleil comme au gaz, je voyais Derrière une affreuse vitrine Où s’étalaient du beurre et des fromages gras, Une superbe enfant dont j’admirais les bras Et la plantureuse poitrin..."></div> </div> </div>
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